Au pays des anges

Trip Suisse/ Engelberg                                                                                                            Retour à « reportages »

Photos : Patrice Schreyer 
rider/ texte : Xavier LEONTI

Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil. Non, non, ce n’est pas une publicité, jugez plutôt :

- Allo Xav, tu vas bien ? -
– Bon écoute, ça fait plusieurs jours que ça pose ici et la météo annonce le retour du beau temps incessamment sous peu alors…-
– BIP BIP BIP -
– Allo Xav ? Xaaav ?!!-
– oh t’es toujours là ?! -

C’est incroyable l’impolitesse dont peut parfois faire preuve un rider pressé ! En tout cas, j’étais heureux et déjà loin. Cela faisait une paye que j’entendais parler d’Engelberg et que je voyais des photos un peu partout. Ma curiosité était excitée depuis longtemps et je me sentais pousser des ailes en pensant à ces pentes que j’allais enfin pouvoir déchirer. D’ailleurs, j’aurais bien aimé que ces ailes me transportent aussi vite que le vol d’un oiseau mais hélas ça n’arrive que chez Walt Disney. Alors, je me résignais à prendre la voiture pour me taper 4 bonnes heures avant d’arriver à destination, au plein cœur de la Suisse.

Engelberg se situe dans la région centrale. C’est ici que fut signé en 1291 le pacte quidonna naissance à la Fédération Helvétique. Ce petit pays, fidèle à sa ligne de conduite, nous rappelle avec nostalgie la rébellion qu’offrait jadis un petit village de Gaule contre l’envahisseur romain. Il n’y a plus d’envahisseur, ni de romain (sauf dans Astérix et Cléopâtre !) mais la Suisse a su rester neutre (depuis 1815) face aux évènements qui jalonnent l’histoire et notamment face à la communauté européenne qui absorbe tout sur son passage et qui nous fait bien chier (ça n’engage que moi !!). On passe un frontière qui n’est pas la que pour faire jolie et on entre dans un pays où l’arc alpin occupe les 3/5ème du territoire pour le plus grand bonheur de la  » tribu de ceux qui glissent sur la neige « . Au yeux du monde, la Suisse est le pays du chocolat mais à nos yeux, elle représente un réservoir à spots inépuisable. La montagne aux Anges (Engelberg) en est le parfait exemple.

JADIS

Au 12ème siècle, les moines bénédictins qui construisaient le premier bâtiment de la vallée (un monastère !) étaient loin de se douter qu’au dessus d’eux s’élevait une belle montagne qui, en 1904, allait donner naissance à la première station de ski en Suisse (première télécabine en 1912) Il faut dire que le Titlis, plus haut sommet des environs, offre de quoi skier…avec un grand S ! Du haut de ses 3238 mètres, le panorama est impressionnant : les 4000 de l’Oberland Bernois sont tous présents à l’appel (encore heureux !). Le Mönch, la Jungfrau, le Finsterharhorn et l’Eiger qui bien qu’étant le plus célèbre doit aussi se bouffer les doigts car il est aussi le plus petit. Il ne lui manque que quelques mètres, 30 pour être exact, pour faire parti du cercle des 4000 ! Aller, on l’excuse et on passe notre chemin, histoire de se retrouver dans la ligne de pente et de tirer quelques grands S.

La fougue qui m’anime habituellement est calmée (à peine !) par la présence d’un glacier. Oups ! Ici, comme partout en terrain glacière, on ne met pas ses spatules n’importe où sous peine de finir en Hachis Parmentier pour marmotte ! Quoi que je doute malgré le jeun hivernal, de leur envie de venir vous chercher, pardon, de venir vous grignoter au fond d’une crevasse ! Les séracs, avec leur reflets bleuté font aussi partie du décor. Ils sont autant de tentation et d’appel au jump mais personne ne le sent. On se dit que dropper de bonnes vieilles barres qui ne cachent aucun pont de neige à la réception est nettement plus sage alors on patiente de la plus belle des façons. L’heure est à la gavade, mon pote n’avait pas menti, plusieurs jours de pose égal plusieurs dizaine de centimètres. Flexion, extension…inspiration, plongée en profonde…expiration, flexion et ainsi de suite ! Les conditions sont parfaites à l’exception… d’un détail.

LA CHINE

Engelberg est une station réputée et il y a logiquement beaucoup de monde. C’est la première fois que je vois les indications habituelles traduites en autant de langues : Chinois, Arabe, tous les langues européennes plus toutes celles que je ne comprends pas bref un paquet ! C’est donc aussi la première fois que je croise des chinois, à moins que ce soit des japonais à 3000 m. Eux ne dérangent pas car ils viennent voir le paysage depuis le Rotair - une benne ronde qui tourne sur elle-même au fur et à mesure qu’elle monte (la première au monde) – puis du Klein Titlis (le petit Titlis) à l’arrivée de cette dernière. On choie le touriste (et son porte monnaie !) ici. Vous trouverez à trois mille mètres, des restaurants avec serveurs tirés à quatre épingles, des commerces et même une bijouterie. La gare d’arrivée ressemble plus à un centre commercial qu’à autre chose. Pour s’en convaincre, il suffit de zapper les ascenseurs pour se taper les 5 étages qui mènent à l’air libre. Mais laissons là nos petites japonaises se peler les miches et galérer avec leur talons hauts…à chacun ses préoccupations. Les miennes sont très terre à terre : essayez de rester zen face à tous ces énervés (avec des skis, cette fois) qui te bousculent pour monter dans les bennes (il y en a plusieurs)comme si leur vie en dépendait. C’est en agissant ainsi qui la mette en danger ! J’ai besoin d’air et j’attends avec impatience l’arrivée au sommet. Les coups de boules en rafales sont évités de justesse. J’ai l’habitude de garder profil bas quand je ne suis pas chez moi mais là c’était vraiment limite !

ENFIN DU RIDE…

Le domaine, qui ne se dévoile pas avant d’avoir atteint la partie supérieure (le Trüsbee) n’est pas si grand que l’on pourrait si attendre. Les plus grincheux diront qu’il n’y a que 82 km de pistes mais je dirais que ceux qui skient à Engelberg ne viennent pas pour les pistes. Ces dernières sont par ailleurs peu nombreuses et peu adaptées aux débutants (exception faite du secteur Gerschnialp, où on aurait tous rêvés d’apprendre à skier !).
Je trouve un couloir, histoire de me mettre une bonne droite pour me calmer, une autre montée dans les tours, beaucoup plus agréable celle-ci. Enfin, une première trace, j’entrevois un bout de paradis et même les ailes d’un anges mais j’ai honte de prendre aussi peu de temps pour savourer ce don du ciel, faudra que j’ailles me confesser chez les moines ! En attendant, je remonte au Jochstock, plonge skier’s right (à droite en descendant mais en anglais, ça fait plus classe ?!), pour quitter un peu plus loin les traces de Monsieur tout le monde et je remet ça, avec quelques virages ce coup ci, ça m’évitera de rendre visite au curé ! 5 ou 6 couloirs finissent au pied de la grande combe qui descend du klein Titlis, accessible depuis le sommet du Rotair. La majorité des runs s’inscrivent ici. Ce vaste terrain de jeu est bordé d’un côté par la fameuse cabine tournante qui vous emmène au plus haut point de la station et de l’autre par le télésiège du Jochstock (2564 m). Ainsi, vous avez la possibilité de rider l’intégralité du cirque en profitant de la descente pour scruter votre prochain run car un itinéraire vu de face est toujours plus évident à repérer qu’une fois au sommet !
Il y a des lignes dans tous les sens, les cliffs (stylé l’anglais, hein ?!) semblent avoir été placées pour notre plus grand plaisir. De vastes champs de neige à l’inclinaison plus ou moins prononcée succèdent à des passages plus étroits, plus techniques. Le bonheur est dans le pré (la montagne en fait !) et chacun trouvera le sien, à n’en pas douter ! Les portes du ciel se rapprochent. Au détour d’un soul-turn langoureux, j’aperçois une belle barre : paye ta cascade de glace ! J’essaye de communiquer avec les anges, ce ne sera pas pour cette fois, ce n’est pas grave.
Les temps de montée ne sont pas très longs sachant qu’on s’enfile à chaque run entre 700 et 1200 m de dénivelé en restant sur la partie supérieure ! Ceux qui désirent cruiser pendant de plus longues minutes peuvent redescendre jusqu’en bas, à Engelberg, skiant une piste de 12 km (pas mal, hein ?) pour un total de près de 2000 m de dénivelé. Soyez prévenu, le ride dans la forêt de la partie basse est interdit (beaucoup d’animaux) et nos cousins suisse allemand n’ont pas la plaisanterie facile. Demandez aux deux suédois qui ont payé l’amende de 500 fch pour avoir ridé la pente sous les cabines qui monte au Trübsee ! On avait bien reluquer ces pentes en arrivant, sniff, une prochaine fois peut-être.

Pas de quoi être bien triste tout de même car ce n’est pas la quantité qui manque. Ce petit bout de montagne (si je peux dire ) abrite de purs spots. Mentionnons les pentes du côté de Engstenalp, la combe à droite du Jochstock qui valent le détour et la petite marche au sommet du télésiège.

ENCORE…

Comme dans toutes stations world class, il y a de gros morceaux. Le Laub : voici une pente comme on en voit rarement. Elle s’ouvre comme un cône vers les  » Stairway to heaven  » (Led Zep, tu aimes ?). Il y a de quoi être aux anges. Je tairais la façon d’arriver au départ du run, même si celui ci ne pose pas de difficulté, il vaut mieux être accompagné. Suivre les traces, surtout en terrain glacière, n’est pas une bonne idée ! Il existe toutefois une autre entrée mais cette dernière est propice au départ des avalanches, et la station en a marre de devoir reconstruire les téléskis qui sont balayés en aval (2 fois en dix ans !) alors pas d’imprudence.
On aimerait se lever tous les matins au pied (ou plutôt au sommet !) de ce genre d’endroit. C’est le premier spot qui doit être fait un jour de première trace… Ce long mur uniforme, qui saute aux yeux depuis le bas de la station, s’avale d’une traite. Atteindre Mach 2 prend quelques secondes et une fois la vitesse stabilisée, il serait bien dommage de devoir ralentir. En outre il est à peine vallonné et permet d’agrémenter la descente de quelques pops tout en longueur. A présent, je comprends mieux la nervosité des gens dans la benne. Dormir au sommet simplifierait les choses !
Le Galtiberg est un autre hors-piste de choix, parallèle au Laub mais accessible plus en amont. 2000 m de dénivelé au programme… et un itinéraire difficile. Ne partez pas seul, on ne le dira jamais assez ! Vous ridez la deuxième partie du run au pied d’une grande falaise et vous ne pouvez voir avalanches qui viennent d’au dessus, alors attention (ça arrive fréquemment !). Là aussi le Ski prend des airs majuscules et une fois que l’on y a goûté, on y revient ! Les 10 000 m sont envisageable… si vous avez les cuisses pour tenir les 5 rotations ! Pour les plus enragés, il y a la face Sud du Titlis ( tu peux te brosser, Thérèse, pour connaître l’entrée !). Il faut poser plusieurs rappels et certains regrettent de ne pas l’avoir fait… Inutile de dire que ce n’est pas le genre d’itinéraire grand tourisme et que seules les personnes habituées à évoluer en haute montagne peuvent envisager la descente.

On n’en voudra pas aux anges de proposer des runs pour tous les goûts et toutes les couleurs. Je vais te montrer qu’il n’y pas que de l’extrême, cher lecteur, alors arrête de trembler et poursuivons.

…ET ENCORE !

Engelberg a plusd’un tour dans son sac. La majorité du ski se fait autour du Titlis, mais il existe d’autres remontées sur les flans de la montagne qui borde l’autre côté de la station. Le versant sud accueille donc le secteur de Brunni. La station communique beaucoup sur le côté ensoleillée (!) et familiale (jardin d’enfants énorme). Il faut dire ces trois remontées et ce qu’elles offrent au rider assoiffé ne peut concurrencer Engelberg mais Brunni recèle néanmoins quelques pentes ludiques (et désertes !) et un petit trésor. Le run de Grünenwald (bois vert ) porte bien son nom. Un bout de forêt où on a le droit de poser ses spatules et qui nous emmène à d’une petite gare en aval d’Engelberg. Le train est gratuit pour les possesseurs du forfait et vous ramène au départ afin de remettre ça au plus vite. Une indice pour toi mon ami, j’espère que tu aimes  » la chasse au trésor  » ? Essaye de trouver la cabane du club alpin suisse et tu sera proche du départ…1000 m t’attendent, où  » bads days become good days  » (1). C’est la carte qu’il faut sortir de sa manche les jours de mauvais temps. Les arbres coupent le brouillard mais pas l’envie de skier. Une fois n’est pas coutume, nombres de rotations sont possibles dans la journée (6/7) et seule une éclaircie pourrait vous faire changer d’avis…

Il existe, au fond de la vallée, une autre remontée desservie par les bus de la station. A quelques centaines de mètres de l’arrivée du Galtiberg, démarrent des cabines qui vousemmènent au Fürenalp (1840 m). Il n’y a pas de domaine skiable là-haut, juste des chemins de randonnée et des pistes de luges…qui semble être un sport national ici ! Mais le Wissberg (Montagne blanche) dévoile un couloir (dans les 40 °), qui mérite d’être fait. Pléonasme, dirais je, car tout ce qui se descend à Engelberg mérite que l’on y appose son sceaux. Le bonheur vous attend dans ce petit coin de Suisse. Quoi de plus normal quand on se trouve dans la Montagne aux Anges ? Les paysages sont à hauteur des plus beaux panoramas des Alpes et la qualité du ski est dans la même lignée. Pas étonnant qu’Engelberg soit si réputée. Le standing va de paire : assez élevé, avec tout l’éventail relatif au station haut de gamme : centre sportif, piscine, casino, hôtels de luxe…

Rassure toi lecteur, tu trouvera aussi de quoi satisfaire tes pulsions d’ivrogne car l’après ski et les snow-bars ne sont pas un mythe (plus on se rapproche de l’Autriche, plus ça picole !!) Si tu est un adepte des cuites en chaussures de ski, encore trempé de sueur de tes exploits de la journée et que tu préfère la foule bruyante au calme d’un bain chaud et d’un bon canapé, tu trouveras une fois de plus ton bonheur. La bière et les couleurs du Mexique sont de mise au Yucatan, avec une happy hour de 17h à 18 h qui te plaira certainement. Peut-être que si tu ne sens pas trop l’alcool ou le skieur tu réussiras à nouer des relations avec les jolies filles du coin. Si tu n’y arrives pas et que ta bourse se retrouve à sec (j’ai pas dit tes bourses !), tu pourras toujours trouver un toit et un lit dans les auberges de jeunesses et dortoirs de la station.

Aller, ce n’est pas si grave, de toute façon si tu est venu ici, c’est pour skier, pas pour prendre des râteaux ! Ramasse ton amour propre et vas te coucher, demain, une nouvelle journée avec les anges t’attend.

(1) : Les mauvais jours deviennent des bons jours (ça sonne mieux en anglais non ?)

GUIDE PRATIQUE

Merci à Frederic Fuessenich pour son aide.
– S’Y RENDRE :
En voiture : 300 km depuis Genève : autoroute (forfait annuel de 40 CHF)
direction Lausanne, Lucerne puis Engelberg (A2 sortie Stans-süd)
ATTENTION : panneaux bleus = nationales ; vert = autoroutes

En train : gare de Lucerne à 35 km
En avion : aéroport de Zurich à 90 km

- SKIER :
Petit rappel : le trio arva (Barryvox en Suisse !), pelle, sonde est indispensable pour la pratique du hors pistes, rajoutez l’équipement adéquat (et surtout savoir s’en servir ) tel baudrier, cordes, crampons, piolet… pour des itinéraires plus engagées. Le mieux est d’être encadré par un guide.
Le Rotair attire autant les skieurs que les non-skieurs, la cabine fait un tour complet sur elle-même, pratique pour checker le spot.
Egalement pratique le système de bus qui dispense l’utilisation de sa voiture et qui économise le parking, il dessert au départ de la gare : Engelberg, Brunni et Furenalp.

DOMAINE :
Alt. Mini / alt maxi : 1020 m / 3020 m
82 km de pistes, 25 remontées
Forfait journée : Engelberg /Brunni : 35 Euros en semaine, 39 le week-end
Brunni : 24 Euros Fürenalp (bus ° 2) : 10 Euros la montée

Grâce au glacier, on ski toute l’année (snow-park l’été)
Snow report : 0041 637 01 01
Guides et sorties freeride: www.outventure.ch
Nocturne le mercredi en janvier et Février

- MANGER ET DORMIR : Plusieurs supermarchés vous dépanneront…

Le Yucatan propose des tapas et autres plats qui vont bien pour avaler un peu de solide après la despé !
Le bar de l’Eden et la disco Spindle vous feront onduler jusqu’à tard…
Le Thaï (à côté de l’Eden) vous fera goûter aux plats qui viennent de là-bas !

Pensions et dortoirs en nombre important, le mieux est de contacter l’office pour recevoir la brochure, voici néanmoins quelques adresses pas chère :
Alphorn (0041 639 73 73): 10-17 euros, à 2.5 km du village
Jugendherberge SJH : www.familienherberge.ch (22-26 euros), 10 minutes du village 0041 637 12 92
Juhui Espen : www.unterkunft.ch (8-17 euros) 0041 661 13 50

- CONTACT : Office du Tourisme : 0041 639 77 77
Site web : www.engelberg.ch

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