Au pays des trolls

Trip Norvège / Îles Lofoten                                                                                                          Retour à « reportages »

 

Photos : Jako Martinet 
texte et rider : Xavier Leonti 


Avril 2005.La fin de saison approche à grand pas. Le désespoir s’abat sur la planète blanche, où il n’y a guère plus que le nom qui nous rappelle que l’hiver n’est pas si loin. Comment se résigner à remiser nos chères lattes au placard ? Certains sont déjà passé en « mode été », délaissant leur fidèles montures à leur cruel destin poussiéreux pour aller surfer vagues, gonfler voiles ou attaquer autre blocs. Certes ce genre de programme n’est si mal mais un choix est d’autant plus acceptable quand il n’est dicté par aucune contrainte. Je n’ai pas encore décidé de rentrer les skis et il n’est pas pensable d’arrêter la saison en queue de poisson.


La solution se trouve au nord du cercle polaire, à quelques 3500 kilomètres de la haute savoie. Les pays scandinaves, plus particulièrement la Norvège, offrent des montagnes, qui sont le repère idéal pour les skieurs qui souhaitent prolonger leur hiver. Quoi de plus normal pour le pays qui a vu naître le ski. Les norvégiens, grâce à de très anciennes sculptures représentant des chasseurs se déplaçant à ski, peuvent prétendre de manière légitime avoir inventé le ski, (qui pour la petite histoire est un mot norvégien.). J’ai gardé un oeil sur les sites météo qui couvrent cette partie de l’Europe et il semble que les conditions ne soient pas trop mauvaises. Il ne reste plus qu’à réunir une petite équipe et partir…vite !

La Norvège est sans nul doute le pays le plus cher d’Europe. Il s’agit de ne pas partir à la légère et de bien faire le rapport entre vos ressources et votre programme sous peine de voir votre banquier débarquer de nul part pour vous ramener en France en vous tirant par l’oreille !! (aïe euh !). En ce qui nous concerne, le calcul est vite fait, la solution la plus abordable consiste à affréter un camping car afin d’être autonome et de s’en tirer à moindre frais.

Nous partons donc aussi vite que possible mais la notion de vitesse prend une toute autre dimension quand on troque

un 747 contre un camping car ! 2 jours et demi de route soit environ 55 heures à goûter le bitume des 5 pays qu’il nous aura fallu traverser pour atteindre notre destination. 3500 kilomètres de plat pays où l’Allemagne remporte allègrement le prix des autoroutes les plus pourries. On se relaie au volant afin d’avaler ça le plus vite possible. Les nuits sont courtes et nous permettent d’admirer de timides aurores boréales qui dansent en guise de bienvenue au alentours du cercle polaire.
Les paupières sont lourdes quand nous arrivons à Rikrangsen à la frontière suedo-norvégienne. Il y a de la neige mais ce n’est pas la grande joie pour autant. La qualité est printanière, et c’est une mélange de neige mouillé qui tombe au moment de passer la frontière. C’est sans doute pour se mettre à l’abri que les douaniers montent dans le camping car, et certainement parce qu’ils avaient soif qu’ils prélèvent de notre stock un cubi de vin. Les ivrognes de service (on taira les noms !) font une grise mine qui s’assombrit davantage car ici, en plus de la confiscation du bien, on fini de t’assaisonner avec une amende de 150 euros ! C’est 2 litres par personnes, pas plus! Ca y est, nous n’avons pas commencé le trip, que déjà notre gorge s’assèche !

Après cette petite mise au diapason norvégiens, nous parcourons une ultime poignée de kilomètres avant d’apercevoir les premiers fjords du nord, sculpture de mère Nature si particulière qui symbolise la Norvège au yeux de tous. Le premier d’entre eux accueille Narvik sur ces flans. C’est notre première étape et c’est avec soulagement que je coupe la clé de contact quand nous arrivons au pied de la station. Sous la pluie, quelques ados s’amuse sur un rail et dans la grisaille de cette petit ville, sans demander notre reste nous avalons un repas avant d’entamer notre première vraie nuit.

Le spectacle du petit matin est sans surprise car nos oreilles sont opérationnelles avant nos yeux : la pluie nous a bercé toutes la nuit. Il nous reste encore quelques centaines de kilomètres à parcourir avant d’atteindre notre but final, aussi malgré un désir de skier une station réputée et reconnue, nous décidons de poursuivre en direction de l’Océan. La météo est très localisée et elle peut changer du tout au tout sur de petites distances. On se dit que, peut-être, les îles seront en meilleures conditions… On quitte Narvik, non sans regret et les paysages se remettent à défiler.
La côte est très découpée, c’est pour cette raison que toutes les personnes qui rejoignent le nord de la Norvège, passent par la Suède sur la E4, la route qui permet de remonter tout le pays quasiment en ligne droite avant de bifurquer vers la frontière. Une fois sur place par contre pour se déplacer, il n’y a pas d’autre choix que de longer fjords après fjords avec la fâcheuse impression de ne pas avancer…

Narvik – les Lofoten, sur la carte, cela semble proche et rapide d’accès…Que nenni : il faut plus de 3 heures et demi pour faire 250 kilomètres qui nous sépare de Melbu, la petite ville au Sud des Iles Vesteralen d’où il faut prendre le ferry pour arriver sur les voisines Lofoten.

CA Y EST !

Depuis le ferry, les montagnes se rapprochent, plus haute que les Vesteralen. La neige est présente…tout comme la pluie. Il semble même que la météo est pire qu’à Narvik ! Il est un peu tard pour changer d’avis et c’est avec la ferme intention de glisser le plus vite possible que nous quittons le bateau pour attaquer les « chemins » des Lofoten ! La route qui traverse du nord au sud les 4 îles que compte l’archipel effectue un tracé le plus rectiligne possible. Le seul moyen pour explorer décemment le coin est de faire le tour des îles en empruntant la route secondaire…ou plutôt la piste secondaire !!
Le temps est exécrable. Pour le ski, la pluie est un problème surtout quand il faut passer des heures à monter en peaux ! Mais qui a dit qu’il n’y avait que le ski pour glisser ? Nous avons un joker qui, lui, ne craint nullement la pluie….

SURFING

Nous avons chargé dans le camping car deux surf (le gun de Jako ne rentrait plus !) en prévision des vagues qui déroulent le long de ces côtes. Rien n’est plus cruel pour un surfeur que de voir dérouler des vagues et de ne pouvoir les surfer, faute de matériel (Tout comme une montagne enneigée sans ski, du reste !). Vous avez bien lu ! Aussi difficile à croire que cela puisse l’être, le sport des Dieux ne se pratique pas seulement sur les plages de sable chaud avec des filles en bikini pour vous admirer. Le surf se pratique aussi en Norvège et depuis plusieurs dizaine d’années déjà. L’engouement a pris tout d’abord dans le Sud du pays, du côté de Stavanger où plus d’une douzaine de spots font le bonheur des surfeurs du froid. Puis à la fin des années 90, des surfeurs américains d’origine norvégiennes effectuèrent un trip pour un magazine surf US, dévoilant ainsi un nouveau spot qui allait devenir LE spot de la Norvège. Le snowboarder Terje Haakonsen en créant une épreuve mixte snowboard et surf, l’Artic Challlenge, allait finir de mettre en lumière un spot mythique, où il est presque possible d’arriver en ski sur la plage. Mais rendons à César ce qui lui appartient et précisons qu’une personne, poussée par la seule volonté de glisser sur les flots, loin des lumières médiatiques, surfaient déjà Unstad en 1970. Ce viking du nom de Thor Frantzen avait construit son surf (shapé est le terme exact ) avec un pain de mousse issu d’un frigo… Quoi de plus normal pour surfer les eaux du grand nord ! Loin des technologie actuelles et dans l’anonymat le plus total, son pote et lui ont longtemps surfés seuls ce spot où le temps s’est arrêté, chose bien rare de nos jours…

Mais laissons là ces considérations historico-surfiques et reprenons la route. Les gouttes de pluie dansent sur le pare-brise, le temps est plus que gris mais cela ne nous empêche pas d’admirer le paysage. Le sable est presque blanc, on se frotte les yeux pour être sur. L’eau, malgré le manque de lumière, est d’un vert pacifique qui nous fait oublier où nous sommes ! Les montagnes se jettent droit dans l’Océan, ou plutôt, elles sortent droit de l’Océan ! Ces roches sont parmi les plus anciennes sur terre. Elles sont apparues après la dernière période glaciaire, il y a 10 000 ans.
Les Lofoten comptent, avec les Lyngen Alp au nord de Tromso, parmi les montagnes les plus raides de Norvège. L’altitude est faible mais honorables pour des îles (le plus haut sommet : Moysalen culmine à 1262 m) Certaines faces sont vraiment alpines et parfois, la frontière avec l’alpinisme est proche. Le « mur des Lofoten » diffère des autres « massifs » plus à l’intérieur des terres à l’instar des alentours de Narvik. En effet, plus on s’éloigne de l’Océan, plus les formes s’arrondissent. A rikrangsen, le paysage est nettement moins découpé et quelques kilomètres plus loin encore, il redevient totalement plat. Il n’y a pas de doute possible, c’est ici que se trouve le terrain le plus radical.

POUR QUELQUES DEGRES DE MOINS…

Radical certes, mais mouillé ! Impossible de rider dans ces conditions. Nos espoirs de skier de la poudre se sont définitivement envolés, maintenant l’impératif se limite à pouvoir chausser les skis, simplement. La ritournelle du séjour aura sans doute été: « pour quelques degrés de moins ». Pour quelques degrés de moins, la neige remplacerais la pluie et serions au Paradis. Oui, mais il serait trop facile d’arriver et de trouver à chaque fois de l’or blanc, bien frais. Nous prenons sur nous, la philosophie est de mise, aidée en cela par de la lecture, des jeux de cartes…et quelques bières. Le mauvais temps nous laisse le loisir, quand ces occupations là sont épuisés, de voir, de « visiter ». Le paysage se répète, découpé, travaillé, alternant petites plages, criques encaissées, longues étendues…
[Au soleil ou sous la pluie, la vie s'écoule tranquillement sur cet endroit du globe. Pécheurs et agriculteurs se partage le travail. La pêche à la morue (Skrei en norvégien ) est la principale ressource des îles. Les étales où sèchent par milliers ces poissons font partie intégrante du décor. Quelques bêtes ça et là, que ni la pluie ni le vent ne semble déranger]

Je n’oublie pas pour autant ma soif de vagues, attisé par un été qui approche décidément à grand pas. De ce côté là, pas de chances non plus. Quelques fausses joies, ça et là mais rien de concret. Une vague aurait peut-être mérité une mise à l’eau mais découragé par une nuit proche et des comparses peu motivés (grrrr !) je renonce. La quête continue. Quelle sensation, aussi nouvelle qu’excitante que de rouler le long d’une côte, à la recherche de pentes à skier d’un côté et de vagues à surfer de l’autre ! A ce petit jeu, c’est le ski qui va l’emporter le premier…

ENFIN

Après quelques jours de tourisme assez limité, il faut bien le dire, le soleil pointe timidement le bout de son nez. Nous roulons jusqu’à trouver un petit couloir au bord d’une énième route. Ce n’est de loin pas la pente la plus attirante du coin mais elle est d’un accès rapide, point important vu la vitesse des changements météo. On se gare sur le bas côté rapidement, et beaucoup moins rapidement on décharge la moitié du camion afin de prendre notre matériel respectif ! Mathieu entame la montée sur la langue de neige, mais très vite choisit la terre qui, il faut bien le dire permet de nettement moins s’enfoncer. Je lui emboîte le pas quand Jako me propose la première photo du trip. Nous devons saisir la moindre opportunité car le temps n’est pas au beau fixe et Dieu seul sait ce que nous réserve les prochains jours voire les prochaines heures. Le temps de me mettre en place et un méchant nuage vient se caler devant le soleil. Nous regardons Math prendre de la hauteur en attendant l’éclairci. Nous scrutons le ciel, des trouées qui à chaque fois semblent être sur le point de nous éclairer, nous font faux bon. Le temps passe mais il est maintenant hors de question d’avoir attendu pour rien et même si Math a quasiment disparu, j’attendrai le temps qu’il faudra. Une heure exactement, le temps pour Math d’arriver au sommet et de se tailler la première tranche de ride en terre vikings…et en solo. En ce qui me concerne, une maigre photo ne comblera pas mon agacement et mon manque de glisse car je n’imposerai pas à la petite troupe une heure d’attente supplémentaire pour étancher ma soif d’autant que les gouttes reviennent au galop. Un des revers de la vie de « pro rider » !

PANORAMA A COUPER LE SOUFFLE !

Heureusement, les jours qui viennent ont de quoi nous redonner le sourire. Le soleil s’installe, enfin. On prend la mesure du lieu. Ces îles sont magnifiques, le festival de couleur est à son apogée en été mais l’aperçu qu’il nous est donné de voir n’est déjà pas si mal. La mer et la montagne se marient pour le meilleur. Il y a tant de sommets, de pentes qui font tourner la tête.. à 360° ! Tant pis pour l’esprit écolo et sportif, j’acquiesce à chaque fois que Jako réclame un teuf-teuf (comprenez hélicoptère !) car en peaux il faudrait bien plus d’une vie pour tracer tout ça. Pour l’heure, il faut bien s’en contenter et on gravit des pentes que le vent empêche de dégeler. Eole est le principal responsable du beau temps mais avec le pluie qu’il est tombé, la neige s’est transformé en vitre ! On se dit que le même tableau avec de la peuf serait être divin. C’est loin d’être le cas alors on s’adapte ! Adapter veut simplement dire en langage norvégien: avoir des carres très affûtés et skier au ralenti car non seulement la neige est plus que béton mais les torrents d’eau qui sont tombés ont creusés des ravines qui secouent très fort à la moindre tentative d’accélération ! Vous l’aurez compris, le plaisir ne vient pas du ski mais du cadre dans lequel il se pratique. Etre sur un sommet et voir l’Océan tout autour de soi a de quoi rendre le sourire. Descendre face à la mer à la lumière du couchant est dans la même lignée. On oublie le style, on laisse les grandes courbes aux vestiaires (sniff !), et on descend face à l’Océan. Ce n’est pas si mal.

CHANCEUX ?

Une des rares personnes rencontré dans le trip nous explique que c’est un bon hiver qui se termine. Pour preuve, l’an dernier au mois de Février « c’était comme ça » nous dit le paysan en désignant des taches de terre. On se regarde, on se comprend, ça aurait pu être pire. Ces variations, quelles soient d’un hiver à l’autre ou d’un jour à l’autre, sont dues à la chaleur du Gulf Stream. Conséquence : le climat est bien plus doux dans les Lofoten que dans les autres parties du monde situées sur la même latitude (Alaska, Groenland). Il fera 0 ici, et sur la même latitude en Suède, il fera -15°, voire moins ! Le climat donne des hivers tempéré et des été relativement frais. Au sein de la même journée, les variations de températures peuvent être importantes tout comme le ciel qui peut passer du grand soleil à la tempête et aux fortes pluie. On croise les doigts pour que cela n’arrive pas tout de suite et on poursuit notre exploration, en direction de A, à l’extrême sud de l’archipel (« A i Lofoten » veut dire la fin des Lofoten).

Il est facile de repérer les futures ascensions entre observations depuis la route et depuis les sommets. Des les lignes de crêtes, on bascule dans le cirque de son choix. De manière quasi certaine, on est sur de trouver une route en bas des faces car les pistes font le tour des îles et encerclent logiquement les sommets. On se représente assez rapidement les spots avec toutes ces facettes, on le ski puis on change de coin, en gardant un oeil sur l’Océan.
On se rapproche d’Unstad le spot de surf, justement. Jusque là, pas de chances côté vagues. Alors on croise les doigts pour enfin trouver un petit train de houle, histoire de profiter de tout ce que la nature a à nous offrir. D’autant que le mauvais temps est revenu et ne semble plus vouloir partir. Nous franchissons le tunnel (construit il y a seulement 12 ans) qui mène à Unstad. Excités à l’idée de la vision qui pourrait se révéler, nous sortons de l’ombre. Une fois encore le paysage est à couper le souffle. Un minuscule village, où la plupart des habitations sont des « résidences » secondaires, se trouve au centre d’une petite vallée. De part et d’autre s’étirent des parois assez escarpées et même skiable sur le versant qui donne au sud. Mais là encore les vagues font défaut. Qu’importe, on installe notre QG à 20 mètres de l’eau, face à l’horizon. La plage est petite mais idyllique. C’est une baie, bordée de cailloux où viennent mourir quelques vaguelettes. Le cadre mérite que nous restions quelques jours ici.
Sur la plage, j’engage la conversation avec un homme, il nous faut de l’eau car les réserves sont à sec ! Il est de bon conseil et de fil en aiguille, nous nous retrouvons chez une famille, qui tient des bungalow et quelques places de camping. Elle prépare la saison qui va bientôt commencer. Nous expliquons la raison de notre venue, et bientôt le réservoir déborde de joie. En guise de remerciement, nous offrons à notre sauveur quelques litres de vins ! Le gars, au premiers abords assez bourru, ré-enterre rapidement sa hache de guerre quand il apprend que nous venons pour surfer (et skier). Il se présente, Thor. YES. Nous avons devant nous le premier surfeur des Lofoten et sans doute l’un des premiers de Norvège. En bon globe-surfer qu’il est, il a voyagé et maîtrise la langue de Shakespeare, nous pouvons communiquer (presque) sans problème. Il nous montre, avec un sens inné du business, les rorbus (abri pour les pécheurs et leur matériel ) qu’il a transformé en repère de surfeur. Joli travail qu’il compte faire connaître au plus grand nombre. Pour l’heure, les types à l’eau (en été) se comptent sur les doigts des deux mains, mais offrir à prix modestes, choses o combien rare dans ce pays ultra cher, des hébergement pour surfeurs risque de troubler la quiétude d’un line-up comme on en voit plus guère de nos jours. Je lui fait part de mes pensées mais il n’est pas inquiet, surfeurs signifie revenus pour lui qui n’est ni pécheur ni agriculteur. D’autant qu’il faut venir jusqu’ici et aimer le néoprène bien épais !
Le temps passe, les godets se vident (il faut bien le goûter ce vin !). Thor nous montre les autographes de surfeurs de renom qui sont venus déchiré des vagues de plusieurs mètres, ou même se faire déchiré par ces dernières ! (ça monte jusqu’à + 10 mètres…) Et il nous sort LA planche construite en 1962, avec les moyens du bords ! Le pain du frigo, et divers matériaux pas forcément compatible mais quand même plus léger que les troncs utilisé autrefois.
On se lie d’amitié avec ce viking surfeur de lapremière heure bien sympathique. Il revient nous voir régulièrement, au bord de l’eau. Il nous apporte conseil pratique en tous genres, il nous apprend foules de choses sur son pays. Il rit quand on lui dit que le vent nous secoue la nuit. Il rit davantage en rétorquant que ce sont plus des caresses qu’autre chose. Au cœur de l’hiver, impossible de poser un camping car ou quoi que ce soit en bordure de rivage, il se ferait retourner comme une crêpe, à l’image d’une caravane qu’il avait installé sur son emplacement.  » Quand l’eau des verres posés sur la table, à l’intérieur de la maison, plisse, là ça souffle »!
Cela nous suffit amplement, la température serait bien agréable sans ce maudit vent. Telle est notre réflexion sur un des sommets qui domine Unstad. Le soleil est revenu et nous voilà donc reparti à l’assaut des pentes (plus ou moins) enneigées. Le temps d’arriver au sommet et le voilà qui disparaît derrière un rideau nuageux grand comme la Suisse ! Nous commençons à avoir l’habitude.

Le lendemain sera la plus belle journée du trip. Pas un nuage à l’horizon. Nos quittons Unstad pour nous diriger vers un sommet que nous avions précédemment repéré. Nouspartons pour 8 heures de ballade. Le plus beaux des panoramas s’offre à nous après quelques heures d’efforts. Cerise sur le gâteau, le vent a cumulé de la neige au sommet. Cette dernière, au lieu d’être compactée, est restée légère…sur 5 centimètre mais légère ! On y prendrait presque du plaisir si cela durait plus que les deux premiers virolets et surtout si le bon dur caché dessous ne nous descendait pas les chaussettes ! Le soleil qui se reflète sur l’Ocèan, joue au ombre chinoise avec les sommets qui nous séparent et nous fait oublier ces souci bassement matérialiste. Le retour au camion se fait des étoiles plein les yeux. Il valait mieux avoir remplir notre besace de lumière car le grain reprend le dessus dès le jour suivant, et le jour d’après et encore celui d’après… Le temps commence sérieusement à paraître long et l’éventualité de raccourcir le trip émerge. Il est temps que quelque chose se passe.

SURF AVEC LES PINGUINS !

Le jour tant espéré arrive à point. Après une nuit, secoué au point de me lever à 4 heure du mat pour déplacer le camping car et son petit monde, le ciel semble nous récompenser de notre patience. Un peu en vrac certes mais les vagues sont présentes. Le vent fait froid dans le dos, l’interrogation du trip – l’équipement que nous avons amené est-il adapté – va bientôt trouver une réponse. Lars arrive, c’est un pécheur que nous avons rencontré sur la plage il y a quelques jours. Après quatre mois en mer, il délaisse son embarcation pour retourner d’où il vient, bateau en moins. Nous serons deux. L’heure de vérité a sonné. Jako a pris une planche avec un poil de volume au cas ou les vagues ne nécessiteraient pas l’utilisation d’une planche plus racée (pour des vagues plus grosses). Bon choix car il n’y a pas plus d’un mètre. Enfilage de combi, les chaussons, les gants et la cagoule de canyoning (à la guerre comme à la guerre !), je ressemble à un pingouin. J’ajoute un touche de wax sur la planche et c’est parti.
L’entrée se fait dans les rochers couverts d’oursins, impossible à voir à cause des eaux blanches permanentes. Il serait facile de tirer droit dans les vagues qui arrivent mais, j’avoue que je m’abstiendrai bien de faire des canards (passer sous la vague avec la planche) pour arriver au bon endroit. Je fais demi tour et je rentre dans l’eau par la plage. Je rejoints Lars qui est déjà là. Les premiers instants, comme toujours, sont consacrés à l’observation, afin de comprendre le spot: quel profondeur ? où se trouve les rochers traites ? comment déroulent les vagues ? y a t’il plusieurs sections ? quel est le meilleur endroit pour les prendre ? jusqu’où les surfer …? Autant d’informations qui rendent le surf plus facile, plus agréable… et moins risqué. Comme en montagne, il faut savoir lire le « terrain ».


Le corps endormi par 8 mois d’inactivité aquatique et bridé par une combinaison qui limite les mouvements, j’échoue sur mes premières tentatives. Sensation toujours désagréable pire qu’une première trace qui vous passe sous le nez car pas de seconde trace ici, elle est partie et ne reviendra jamais. Enfin arrive ma première vague de l’année 2005. Je surfe au milieu de nul part, chose commune, au nord du cercle polaire, chose moins commune ! Avec Lars, je partage ce moment que j’attendais depuis longtemps. On discute relativement peu car les cagoules ajouté au bruit du vent nous empêche de bien entendre. Peu importe, on s’amuse et c’est l’essentiel. Comme d’habitude, nous ramassons les plus belles et les plus grosses sur le coin de la figure. Sur la plage, les camarades de voyage nous regardent, avec bonnets et veste fermée bien comme il faut. Ils sont fous, ils doivent avoir froid ! Dans l’eau, c’ est supportable, exception faite des passages dessous où la tête est aussitôt enserré dans un étau qui vous broie le front à la vitesse de la lumière. Les talons s’engourdissent un peu mais c’est un trou à un gant qui me fait un peu souci. Les sensation sont amoindris avec le froid à l’image de ce qu’il arrive sur les cimes. Les vagues mollissent, la session touche à sa fin après une heure et quart à barboter dans une eau à 5 degrés. Pour une première session, je ne suis pas mécontent malgré les lacunes du regular foot « flemmard » qui fuit les gauches et qui le paye quand il n’y a pas de droites à surfer…détail de surfer ! je grave de nouveaux souvenirs dans mon esprit et dans mon cœur: skier face à l’Océan un jour puis le lendemain surfer face à la montagne skiée la veille, comme disent les anglo saxons : « way to go, man ». Pour sur, la voie à suivre.

En tout cas pas pour cette fois : une journée d’attente supplémentaire à espérer d’autres vagues ou du soleil afin de glisser sur l’eau liquide ou solide mais rien n’y fait. Fort vents, pluie continue, plus de ski, plus de surf. Nous avons « visité » le peu qu’il y avait à voir, l’heure du retour sonne.
Le soleil bien qu’avare de sa présence nous aura donné la possibilité de skier des pentes, plus belle de loin que de près mais somme toute skiable. Un voyage dans les Lofoten, c’est un gros pari. Certains y ont trouvé de superbes conditions, d’autres à notre image ont eu moins de chances mais cela aurait pu être plus désastreux encore. Alors, c’est avec le sourire que nous tournons le dos à ces îles et ces belles montagnes qui, l’espace d’une dizaine de jours, se sont laissées apprivoisée par de vils humains qui ne pensaient qu’à s’amuser avec leur jouets !
La boucle est bouclée : 14 jours, cinq pays traversés, 22 pleins de gazole et 7700 kilomètres environ. Nous revoilà en haute-Savoie. La neige qu’il était tombé en abondance durant notre absence a déjà disparue ! Oui, si nous n’étions pas parti, nous aurions eu nos derniers jours de ski poudreux tant espéré. Oui, s’il avait fait quelques degrés de moins, nous aurions nous aussi eu de la poudre. Oui mais voilà, on ne vit pas avec des « si » sous peine de ne plus vivre justement ! Le ski apporte beaucoup à celui qui pratique. De la joie, du bonheur avec des sensations sans égale…. Le voyage amène la découverte, la rencontre de cultures étrangères et de paysage aussi magiques que nouveaux. Il apporte ouverture d’esprit et sagesse. Alors, calmement on range les « si » au placard bien loin des remords, et on les tasse dans un coin afin qu’il reste assez de place pour y faire tenir nos chères lattes…qui dans un temps pas si loin que ça, reprendront la route et le chemin des cimes enneigées.

LOFOTEN PRATIQUE

Si votre nom de famille n’est pas Rotchild, le camping car, pour peu que vous soyez un petit groupe se révélera pratique et beaucoup moins cher que la méthode : avion + hébergement + location de voiture ! (Déplacement possible avec le réseau de car)

10 couronne norvégiennes (KOR) = 1.26 euro
Les particuliers louent leur camping car moins cher que dans les agences de location. Facilement trouvable sur internet. Prix pour un trip de 15 jours sur la base de 4 personnes : 800 euros comprenant tout soit : gazole, location véhicule et nourriture (achetée en France)

attention : respectez les limites de vitesse, ils ne rigolent pas avec ça (idem avec alcool 0 grammes au volant), d’ailleurs nous n’avons pas vu grand monde rigoler tout court. Le manque de lumière une partie de l’année doit fortement influer sur le mental! La vie est très chère, les norvégiens ne sont vraiment pas content car ils payent beaucoup de taxes mais ne voient rien venir en retour.

Exemple : 4 cafés coûtent plus de 10 euros soit environ le même prix qu’un kilo de saumon (pas cher car abondant ici!)

Le ski (de rando )se pratique à vue, facilement repérable depuis les route, en fonction des conditions et de vos envie. Il y a néanmoins 2 stations sur les îles : Svolvaer et Stamsund, qui accueille l’Artic Challenge, sur la même île que Unstad. Elles étaient toutes deux fermées lors de notre venue, manque de neige évident mais il faut dire que le ski alpin ne représente rien ici car nous sommes dans le pays roi du ski nordique, c’est le passe temps national et dans tout le pays, serpentent des milliers de kilomètres de pistes.

Les spots de surf connus démarrent au niveau de Vestvagoy, mais il y a encore des vagues à découvrir. L’accès n’est pas toujours aisé. Le plus connu de tous, Unstad (longue gauche et droite tubulaire) est celui qui marche le mieux. top période : août et septembre, bonne période : juin, juillet.

L’adresse indispensable : www.lofot-ferie.com
–> Thor propose des prix raisonnable : 500 kor (60 euros environ) le bungalow (top classe) sachant que le prix est divisé par le nombre d’occupants qui peut monter jusqu’à 20 !

Partir là haut en voiture, c’est (très) long et partir tout court est un gros pari si personne sur place ne peut vous renseigner…bonne chance.