Escapade en Colombie britannique

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Photos : Jako Martinet 
rider et texte : Xavier LEONTI

Je vais vous dévoiler un secret. J’ai découvert un trésor, mais celui là est bien trop gros pour que je puisse l’emmener sur une île déserte et l’enterrer; bien trop lourd à porter pour une seule personne. Le trésor dont je vous parle mérite mieux que ça. Il doit être dévoiler au grand jour afin que les chanceux qui l’approche puissent en profiter et le partager. Le trésor dont je vous parle ne s’enterre pas, il se fait enterrer ! Sous la neige bien sûr. Sa valeur n’a d’égale que la joie qu’il procure aux gens qui connaissent son emplacement. Oui, car quelques personnes savent qu’il existe. D’accord, ce n’est pas un vrai secret mais qu’importe maintenant que vous allez rentrer dans le cercle…

 

RED MOUNTAIN

A quelques kilomètres à vol d’oiseaux des Etats Unis, dans le sud-est de la Colombie britannique, se niche une petite ville du nom de Rossland. A 600 km de Vancouver et autant de Calgary, à deux heures de route de l’aéroport international de Spokane, Washington, le spot se trouve à portée de main et de monde ! Pourtant les 4000 âmes qui respirent ici vivent en paix… Malgré des distances modestes pour des gens qui font 6 heures de route comme nous faisons une demi heure, la station aux portes de la ville, Red Mountain, reste sous peuplée. Certes, tant qu’il y a une personne, c’est déjà trop de monde mais à part sur la Lune, je ne vois pas comment ! Alors ici avec 1000 personne par jour, cela reste tout à fait convenable. J’ai un peu de mal à y croire, car lors de notre séjour il ne m’a jamais semblé en voir autant. Peut-être le mauvais temps et le brouillard y sont ils pour quelque chose ? Peut-être alors est ce parce que aussitôt au sommet d’une des deux montagnes que compte la station, les gens se dispersent rapidement, ski sur le sac, en peaux ou direct dans la pente pour les plus flemmards.

En effet, si les transpiration pour atteindre le Mt Roberts, Record mountain ou d’autre spot méritent le détour, les pentes accessibles par gravité, piste ou non sont quasiment toutes des « double black » soit l’équivalent des pistes noires chez nous. C’est le point commun avec White Water que nous découvrirons tout à l’heure. Deux montagnes, quatre télésièges et du raide. 900 m de dénivelé soutenu avec en moyenne huit mètres de neige par hiver. Il y aurait de quoi attirer du monde mais ici il n’y a pas de snow bar, de boite de nuit, d’usine « à la Wisthler »… Red mountain, personne connaît : et ça fait pas classe d’aller skier dans un trou perdu !
Tant mieux, on aime pas les fashion victim ici. Allez faire un tour à la cafétéria, au fond à droite, dans la petite salle avec un petit panneau à l’entrée : « old bastards » (les vieux batards ) : des ski bums comme on en fait plus. Les anciens pourront vous en causer, bière à la main! Le nombre, longues barbes, sourire et joie de vivre intégré, qui skient (tous les jours !) ici est impressionnant. Voir des vieux sur les planches n’est pas une chose très commune (du moins chez nous !) mais en voir plein, ça réchauffe le cœur. Ils s’en mettaient jusque là avant qu’un bon nombre d’entre nous sachent marcher ou même respirer. On reste humble !

L’ESPRIT DU SKI

Des vieux skis, des vieilles fringues pour tout le monde, et surtout, le signe distinctif : le duck tape. Ici on est fier d’être rapiécé des
pieds à la tête, « l’important c’est pas le vêtement ! c’est le ride, le reste on s’en fout « . Facile de reconnaître un étranger ici : il a un équipement neuf. J’ai l’air fin avec ma tenue qui flashe et qui sent encore l’emballage. Il me donne honte de faire parti du système mais qu’importe nous aimons tous le ski et c’est l’essentiel. D’ailleurs, nous sommes ici et pas à Wisthler…

Chauvinisme aidant, tout le monde dit que Red est la meilleure station du monde et chacun y va de son argument. Le monde est inconnu au bataillon. Au cœur de l’hiver, l’aéroport de Castlegar, à une demi heure de route, d’où arrivent les avions de Vancouver et d’ailleurs est souvent fermé si bien que le surnom que les habitants ont trouvé : « Cancelgard », fait bien rire tout le monde. « Cancel », en anglais voulant dire « annuler » ! Autant dire qu’en janvier, il n’y a juste les locaux qui déchirent les mètres de poudre. 8 mètres de cumul, ça fait quelques chutes et on comprend que certain qui soient venu tester il y a 20 ans n’aient pas re-décoller du spot depuis. Le spot… pas grand mais radical.
Cette station avec ses quatre modestes télésièges produit le plus de champion de ski au monde. Le nombre de skieurs nés ici, qui ont intégrés l’équipe nationale du Canada, garçons ou filles, dépasse de loin la normale. Certains ont gagnés des médailles olympiques ou des championnats du Monde à l’image de Nancy Greene par exemple (or et argent à Grenoble, 1968). Le club de ski est né en 1900, c’est dire ! A cette époque, il fallait monter à pied, encore une façon de faire du super héros à ski ! Preuve en est, le ski est l’affaire de tous et depuis fort longtemps. Quelle joie ces gens ont ils du ressentir quand, en 1947, le premier télésiège fut installé. Le premier de Red mountain mais aussi le premier de toute la Colombie britannique et le deuxième de tout le Canada (1er à Mt Tremblant). Ce n’est pas pour rien que les premières compétitions alpines ont eu lieu ici.
Ici, on est fier de faire du ski et du passé de la station. La culture ski est très forte, comme le niveau des jeunes. Il suffit de lever la tête de regarder le terrain, que ce soit le stade de slalom ou partout ailleurs, on se dit que grandir et apprendre à skier à Red, ça le fait.

On laisse la piste aux coach et à leur élèves pour skier entre les « ghost » du comme on les appelle ici. Les fantômes, qui ne sont en fait que des pauvres arbres recouvert de neige et de glace que seule la venue du printemps fera réapparaître. Signe d’abondance neigeuse comme on aimerait en voir plus souvent chez nous ! Le hic, c’est que le printemps débarque en même temps que nous. La neige reste bonne mais il faut savoir où, pourtant nous ne sommes que fin mars mais la chance n’est pas de notre côté semble t’il. Le pire, c’est le brouillard qui ne veut pas s’en aller et la pluie qui limite davantage notre exploration. L’honneur est sauf, c’est la neige qui tombe sur le haut mais seulement « trois flocons », bref les inconvénients du mauvais temps sans les avantages !

Nous devions partir skier avec Kieren, un ex membre de l’équipe nationale de ski australien, qui vient de monter avec sa femme une boite de « snow cat » à proximité de la « ville ». Le « snow cat » c’est du freeride en domaine vierge atteint grâce aux chenillettes. Moins cher que l’hélico, et aussi jouissif. Mais même si l’hiver fut bon, la neige en basse altitude commence à faire cruellement défaut et les chemins d’accès mis à nu, empêche les rattrack d’atteindre la neige. Rendez vous est déjà pris pour l’année prochaine mais Kieren, un poil désolé se propose de nous emmener skier à l’autre station du coin, à moins d’une heure de route : White water.

WHITE WATER

White water, pour planter le décor, et la station où a été tourné Sinners, un film réalisé par Bill heath, canadien de son état. Vous ne connaissez pas ? Pas étonnant ! C’est comme les petites stations, jamais entendu parlé et pourtant, elles méritent ! Le film est très basique : de la peuf, de la peuf et de la peuf. Le genre de vidéo qui vous fout les glandes pour un bon moment. Et bien, nous y voilà. Deux télésièges, encore moins qu’à Red Mountain et pourtant le terrain offre davantage. Un des meilleurs ski de forêt du Canada en tout premier lieu. Ensuite quelques faces, qu’il vous faudra aller chercher en peaux ou à pied où le bonheur sera bien présent mais la chute proscrite… Un peu moins radical, des lignes pourtant bien belles et plus proches, où je me sens obligé de poser ma trace car bizarrement personne n’est encore passé. Je tombe amoureux, je le sens.

Là encore, ambiance bon enfant et famille. Pas de stress des usines avec 100 casqués à la première benne qui vous marche dessus et qui braillent une langue incompréhensible… Il n’y a que du canadien. Un peu d’américains, « mais on les aime pas trop ici… » C’est une station des plus simple. Un seul bâtiment qui abrite la caisse, le service des pistes et la cafétéria. A 15h30 le parking est quasiment désert. Il reste quelques voitures. Celles des connaisseurs qui ne se contentent pas de la face visible de l’iceberg et qui sont allé tracassé la face cachée. Les runs en forêts, les couloirs, le raide, les flûtes comme on en fait pas ou trop peu en France, tout le répertoire y passe. Le seul reproche mais on ne peut pas tout avoir : le dénivelé qui reste modeste. Il est de 400 m seulement pour celui qui se contente uniquement des remontées. Il ne tient qu’à vous et à votre volonté de faire en sorte qu’il devienne plus important. De toute manière, quand on voit les montagnes et quand on sait qu’il tombe ici 13 m par hiver, on ne fait pas le difficile.

En plus, avec deux bases de « snow cat » très proche ( big red cats et Valhalla)  et d’autres bases d’héliski à peine plus loin, on se dit que le jour ou on a envie de bouffer du déniv’, il n’y a qu’a…

La ville à proximité s’appelle Nelson, là encore, une charmante ski town où la majorité des gens skient. Ce genre d’endroit fait penser à Telluride, Colorado, il y a 25 ans, nous dit Rosco. Du ski bum et c’est tout, un esprit comme on en fait plus beaucoup. En Utah comme à Wisthler ou Zermatt, c’est le dictat de l’argent, du « m’as tu vu ». On croise des fourrures et des grosses bagnoles avec des forfaits hors de prix, du monde aux lifts et aux bars ! Le spirit est parti de pas mal d’endroits. Mais pas d’ici, il y a encore des lieux « vrais »… mais pour combien de temps encore ?

Red Mountain par exemple, qui depuis cette année s’appelle Red Resort vient d’être racheté par un groupe d’investisseur privé de San diego qui planifie un agrandissement sur 10/15 ans de la station, avec espace commercial, agrandissement du domaine, construction de 1400 logement, etc…

Bizarrement, personne ne semble contre. Reste à voir dans 15 ans, si les hummer et les fourrures seront de mise et les habitants toujours aussi heureux. En ce qui concerne le joyaux qu’est White Water, il parait beaucoup plus difficile de procéder à un agrandissement car, contrairement à Red, il n’y a rien, si ce n’est une route défoncée qui mène à la micro station.

 

WE LL BE BACK…

Des deux spots, WH2O ( White water) est ma favorite mais il y a fort à parier, que la population alentours, et pas seulement celle sur deux planches continuera à augmenter.
Et même si vous ne serez pas seul, si vous venez traîner ici, poussé par votre amour de la poudre, pas celle que l’on jette aux yeux mais celle qui tombe du ciel, alors vous serez comblez…

Retrouvez cette aventure en vidéo sur le dvd « Ne pofa », disponible sur www.mdub-prod.com

 

GUIDE PRATIQUE

La monnaie :
1 euro = 1,4 dollar canadien

* Présentation géographique

Red Mountain et White Water se trouvent dans le massif des « Selkirk », dans les « Kootenay rockies ». Le terrain est un mix des genres. Par endroit, il s’agit plus de collines, skiables intégralement, plus ou moins raides alors qu’ailleurs, la pente va s’incliner davantage encore et le rocher va trouver sa place dans un tableau plus alpin.
A Red Mountain, Granite et Red, les deux montagnes desservi par les télésièges, ont la particularité de pouvoir être descendu sur 360°, ce qui laisse le choix au niveau des expositions mas aussi du type de runs que l’on a envie de se faire selon l’humeur…

Les stations sont très petites et même si le terrain qu’elles offrent est de bonne facture, avoir des fixations de rando, type Naxo, et une paire de peau dans le sac, vous permettra de skier bien davantage de bonnes pentes.
N’oubliez qu’ici, c’est aussi le royaume du scooter des neiges mais là, le budget est différent…

* Comment on y va ?
De nombreux vols de toutes les compagnies partent de Paris ou Lyon via Vancouver ou Calgary mais plus cher dans ce deuxième cas.
Ensuite vol intérieur jusqu’à Castlegar avec Air Canada
Prix du vol long courrier : comptez 750 euros (si pris à l’avance …)
Prix du vol intérieur : 200 euros environ (A/R)
Ensuite navette depuis l’aéroport jusqu’à Rossland ou Nelson

* Les formalités administratives
Aucune

LES STATIONS :

Red Mountain

* Ouverture: 3 décembre, fermeture : 2 avril (conditions permitting)
* Altitudes mini :  1185 m. maxi : 2072 m. (vertical drop : 887 m)
* Nombres de pistes : 83 !
* Neige artificielle : 0
* Remontées mécaniques : 4 télésièges, 1 téléski
* Prix des forfaits :

  1. forfait journée adulte : 52 $

* Coordonnées
Le site Internet avec tous les renseignements :
www.redresort.com

White Water

* Ouverture: ? , fermeture : ?
* Altitudes mini :  1640 m. maxi : 2040m. (vertical drop : 400 m)
* Nombres de pistes : 34
* Neige artificielle : 0
* Remontées mécaniques : 2 télésièges
* Prix des forfaits :

  1. forfait journée adulte : 46 $

* Coordonnées
Le site Internet avec tous les renseignements :
www.skiwhitewater.com

LES BONUS :
Les deux opérateur de snow cat qui officient dans le coin. Vous pouvez cumuler jour en station et jour de rattrack selon les conditions de neige et du porte monnaie. En tout cas , un bon moyen de changer d’air, de retrouver de la fraîche ou d’en bouffer davantage encore. Entre 300 $ et 400 $ la journée (quand même !!)
Toutes les infos et contact :
www.valhallapow.com
www.bigredcats.com

LE HORS PISTE :

Commencez par accéder à tout ce que vous pouvez « voir de visu », que ce soit à Red ou Wh2o, et vous en aurez déjà fait pas mal ! Le reste nécessite comme toujours la présence d’un local, ou d’un guide.

HEBERGEMENT :

Red Mountain :

Pour ceux qui ont les moyens :

  1. Le « Ram’s head inn » propose un petit lodge bien coquet (jacuzzi, massage, cheminée…) à proximité des pistes. Comptez 100 $/ pers. pour une chambre double. (nombreux package avec forfait ski pour les 2 stations, petit dej et package avec les opérateurs de snow cat)

Site Internet : www.ramshead.bc.ca

Pour ceux qui ont moins les moyens, un truc plus roots et aussi cool (jacuzzi, chill place… :

- le Red shutter inn : 6 chambres avec cuisine collective, un petit coin cheminée pour le séchage des fringues et la terrasse ou encore la cheminée pour boire une mousse en compagnie des autres clients qui seront sans doute des jeunes ! A partir de 80 $, tarif dégressif ensuite. Encore plus proche des pistes que le Ram’s Head.
Site Internet : www.redshutter.ca

 

White Water :

Il n’y a rien à la station, il faut se loger à Nelson :
– Dancing bear Inn: environ 25 dollar le lit en dortoir, dans les 35 par personne pour une chambre privée de 4. Dur de trouver moins cher dans la ville.
Il y a une cuisine à dispo, sinon le nombre de resto/bar en ville ne vous laissera pas mourir de faim. Comptez en moyenne 10 dollars par repas.
contact : info@dancingbearinn.com

Pour ceux qui n’ont pas de voiture, il y a la « ski shuttle » qui vous emmène à la station, plusieurs départ dans Nelson. Le first chair shuttle service vous déposera pour faire la première trace et vous ramènera juste à la fermeture pour 15 $ (Aller/retour).

 

A noter que si vous venez skier en passant par « Valhalla powder cat » ou « Big Red Cats », ces gens prendront en charge les déplacements (aéroport, stations…) et l’hébergement.

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