Krasnaya la rebelle

Trip Russie                                                                                                            Retour à « reportages »

Photos : Patrice Schreyer                                                                                  le film ici
rider et texte : Xavier LEONTI

C’est la lutte finale. Dans deux jours, il sera trop tard. Entre les coup de téléphone à Moscou, à Paris, les mails à St Petersbourg, la tension monte. Nous partons à la fin de la semaine et la question des visas n’est toujours pas réglé…Alors la Russie : skiera, skiera pas ?!

A j-2 enfin, après moult efforts, nous décrochons les précieux sésames. Le rythme cardiaque redescend à une allure plus raisonnable tandis que, finalement je peux préparer mon sac ! On ne peut pas dire que, à l’heure du départ, les « a priori » soient positifs envers ce pays, qui exige tant de paperasse et d’efforts pour admettre de simple skieurs sur ses terres.
Qu’importe, ce prologue ne devient maintenant qu’une anecdote de plus sur la liste des histoires à raconter au coin du feu et le temps est venu d’aller voir la couleur de la neige au pays de la vodka et des poupées russes.

DECOLLAGE

La neige qui tombe à Milan depuis quelques jours interdit l’accès à l’aéroport de Malpensa. Notre vol est annulé m’annonce Patrice au téléphone tandis que, ne le sachant pas encore, je fonce à 5 heure du mat dans les rues de Genève, histoire de faire la première photo du trip : un beau cliché au flash sur une non moins belle ligne droite… (note à coller sur le frigo : ne plus mettre les pieds en Suisse les 10 prochaines années !).

Le temps d’arriver à l’aéroport, et le problème est résolu : on prends une autre compagnie pour enfin se poser à Moscou.  Le sort semblait s’acharner contre nous, mais là on y est, plus rien de ne peut nous arriver !

MOSCOU
 

Il neige ici aussi, mais ce qui nous intéresse se trouve 2000 km plus au sud alors on reste calme ! Premiers contact avec le Russe. Ne comptez pas trop sur l’anglais, mais plutôt sur leur langue à eux, le problème, c’est qu’on ne la parle pas, leur langue ! Alors comptez sur votre patience et le langage des signes ! Pour trouver un taxi et se faire débarquer à l’hôtel ça passe, pour commander à manger (de préférence un truc comestible !) ça devient plus difficile. A la fin du trip, entre les efforts sur les skis et la carte des menus, bibi aura perdu 2 kilos ! (Qui a dit que l’alcool faisait grossir ?!)

On passe donc notre première nuit dans une chambre surchauffé avec le ventre à moitié plein et le porte monnaie à moitié vide: Moscou est la deuxième ville la plus chère du monde. On le savait mais ça fait un peu mal quand même !
Heureusement on ne reste pas : on s’envole rapidement pour Sochi, sur les bords de la Mer Noire. La riviera russe ne se présente pas à son avantage car la grisaille et la pluie règnent. Il n’en reste pas moins qu’aux beaux jours (200 jours de soleil par an quand même !), le cadre est idyllique, et on comprend pourquoi cette ville de 400 000 habitants a pris le surnom de « St Tropez russe ».

On a oublié la crème solaire, et ça tombe bien car nous ne sommes pas venu pour le bronzage mais pour la neige. On jette nos bagages dans un mini bus pour faire les 60 km qui nous sépare de la station la plus connue de Russie : Krasnaya Polyana. En russe, cela signifie « clairières rouges « . A l’automne, les fougères qui pousse en abondance sont toutes de cette couleur, le nom vient naturellement de la.

FINALLY

Enfin, nous y sommes. Le Caucase, cette chaîne de montagne sépare l’Europe de l’Asie. Longue de 1127 km, elle relie la mer noir à la mer caspienne. L’envie de découvrir ce « bout » de montagne me taquinait depuis longtemps et la plus belle des récompenses nous attend : pour le rouge des clairières, on repassera, en ce moment c’est plutôt blanc. Blanc de blanc pour être précis. Nous sommes fin janvier, il neige depuis deux jours déjà et c’est tant mieux car le début de saison a été plutôt misérable ! Grand bien nous fasse, l’hiver semble décidé à rattraper son retard car les quatre jours qui suivent vont se ressembler : de la neige comme s’il en pleuvait. Au total sept jours de neige non stop.

Pour l’heure, Douglas le cadreur, et moi nous rendons au pied des installations en cette fin de journée pour rencontrer un de mes contacts sur place.

Nikolay, n’est pas encore là et on s’attable au bar de la station, celui ou tout se passe : le Munchausen. Dans un coin, un mec tient une table, ou plutôt la table retient le mec. Ca y est, nous y sommes vraiment ! Le jour ne s’est pas encore couché mais certain ont déjà tiré le rideau. Quelle entrée en matière ! Le pauvre se ramasse plusieurs fois car ses jambes lui font défaut ! Nikolay, qui est arrivé entre temps a un peu honte, pour notre arrivée, de l’image que son compatriote donne de son pays, ou du moins de ces habitants ! Nous sommes ouvert et nous rigolons de bon cœur, nous nous attendions à découvrir la vodka et ces (m) effets !

Ce sourire en travers du visage, restera coller tout notre séjour. L’esprit russe, nous anime rapidement. Ici, les gens n’ont pas forcément plus de sous qu’ailleurs, et pourtant il en faut davantage pour venir skier : d’ou qu’on vienne il faut prendre l’avion pour commencer. Notre hôte nous explique simplement que, les russes vivent sans se soucier du futur, « peut-être que demain ils ne seront plus là, alors autant en profiter aujourd’hui ». Cette mentalité est peut-être à rapprocher de l’explosion économique et de la chute du mur. Les nouveaux « riches » ( et dans une moindre mesure les autres aussi ) vivent à fond et profitent pleinement, pour le reste on verra plus tard.
Dur dans ces conditions de rester hermétique à l’ambiance de fête qui règne ! Mon style de vie monacale et mon aversion pour les après ski au bar, tout fumant de la journée et en chaussure de ski prend une claque. La station est petite, et il n’y a qu’un endroit qui vit. Tout le monde se retrouve là-bas quand les lift s’arrêtent. Après quelques jours, nous faisons parti du décor, que ce soit pour faire sécher le matériel de prise de vue qui en a bien besoin ou encore pour se nourrir à la fin de ces longues journées qui ne souffre la plupart du temps d’aucun arrêt entre 9h du mat et 5 heure du soir.

ORGIE

Comment ne pas avoir envie de célébrer cette neige qui tombe et la chance que nous avons d’être ici. J’ai trente ans de ski au compteur et même dans mes souvenirs d’enfants, qui avec sa petite taille, serait à même de compter en mètre la peuf de ses meilleurs souvenirs, je n’ai jamais vu autant de neige. Le cumul atteindra 4 mètre frais au moment de notre départ, avec une neige qui continuera de tomber. Mais nous n’en sommes pas là, pour l’heure on patauge dans une forêt bien raide sur la partie supérieur et espacée tout comme il faut ! La encore, une première : plusieurs fois, nous sommes obligé de mettre des coups de frein d’urgence car nous sommes aveuglés. Certes, malgré la misère qui habitent nos régions en ces années de disette, on a tous eu la chance de skier une peuf qui demandait de temps à autre un geste du style essuie glace avec sa main afin de retrouver un peu de visibilité pour pouvoir enchaîner. Que nenni, ici tu peux y aller avec les deux mains mais entre ce qui tu soulèves, le nuage et la légère brise, rien n’y fait. Les arbres, même étant espacés restent bien durs et même si c’est à contre cœur, il faut parfois se résoudre à mettre un stop avant que ce soit eux qui nous stoppe !

ENCORE

Les journées se suivent et se ressemblent. Ce pourrait être le paradis mais un détail nous obsède néanmoins. Depuis que nous sommes là, le dernière télésiège est resté fermé. Sachant que la station en compte quatre rigoureusement alignés, vous comprendrez bien vite que la fermeture de celui-ci nous empêche d’accéder au sommet de la station et d’agrandir de manière conséquente notre aire de jeu. Le ski en forêt est fabuleux d’autant qu’au fur et à mesure, on découvre le spot mais Krasnaya est aussi (et surtout ) réputée pour les pentes radicales qui se trouve de part et d’autre de l’arrivée du dernier télésiège. Un des terrains les plus radical à accès instantané. Le hic, justement c’est qu’il est trop radical pour les conditions actuelles. Les année précédentes, la direction ouvrait quasiment tout le temps mais un décès la saison dernière les a quelque peu refroidit et maintenant l’esprit russe prend un peu de plomb dans l’aile et intègre la notion de sécurité (ou de responsabilité !).
Et pour l’heure, 2 mètres de fraîche sur une maigre sous couche, c’est pas le Pérou (et non c’est la Russie !). Les mini faces du type Alaska ne sont pas stable du tout, tout comme la célèbre corniche qui courent le long de la crête.

L’ALASKA

Une éclaircie se dessine en début d’après midi, un jour pas comme les autres. Aussi je prends mon courage à deux main, et je pars pour 2 heure et demie de brassage pour atteindre, sur des oeufs, loin, très loin là- bas, une pente que je dois traverser pour me retrouver à l’aplomb de la ligne que j’ai choisi. Les quelques rayons de soleil qui me guident par intermittence me laissent constater que la décision de ne pas ouvrir était plus que raisonnable. L’intégralité des pentes est parti quasiment jusqu’au terrain, laissant une très grosse marche dans le tiers supérieure de la pente, repoussant à beaucoup plus tard un niveau acceptable d’enneigement et de skiabilité. La corniche n’est pas en reste, en mille morceau sur le replat beaucoup plus bas. Les parties qui restent encore en place inspirent tout, sauf la confiance !


La confiance justement, elle me fait défaut en cet instant : mon petit doigt me dit que ça doit tenir car le vent, qui en général est notre ennemi semble bien avoir compacté la neige. Soit, mais avec ce qu’il est tombé, s’il devait y avoir une plaque, elle ferait au mieux deux mètres d’épaisseur et vu la pente, autant dire que mon arva ne servirait à pas grand chose… J’hésite de long instants, je prends l’avis des autres, qui ne sont plus que de petits points d’ou je suis mais le combat qui oppose les forces en présence s’anime en moi. Dans mon cœur et dans ma tête : la passion contre la raison. Le ski nous met parfois dans des positions difficiles mais cette situation est tout de même plus confortable que celle dans laquelle je pourrais me retrouver suite à un mauvais choix.
J’annonce par radio :« Mieux vaut un cœur brisé qui bat, qu’un cœur joyeux qui ne passera pas la journée ». Le groupe a compris que je renonçais, la tension retombe aussitôt, les voilà soulagés. La peine au cœur que la sagesse ne soulage guère, je tourne donc le dos à cet pente durement atteinte pour revenir à des endroits plus sages.

Après discussion avec les locaux et constations sur le terrain, on apprend que la neige n’a rien à voir avec celle qui tombe en France. Ici ça tient ! Evidemment, les miracles n’existent pas et quand le vent rentre en jeu ou quand il tombe 2 mètres en 3 jours, on entend un peu partout la montagne qui grogne mais il n’en reste pas moins que la consistance, son taux d’humidité font qu’elle tient dans des endroits inconcevables pour nous autres, français. La comparaison avec l’Alaska n’est pas dénué de sens. Il faut dire que nous sommes dans la vallée la plus humide de l’ex URSS (également la zone sub tropicale la plus au nord de la planète ) en rajoutant l’influence de la Mer Noire, le cocktail est à l’image de ceux que nous buvons le soir : démoniaque !

Ce n’est pas pour rien qu’ici, le nombre de skieurs possédant des fats est impressionnant. Krasnaya fait tourner la tête ! Du matin au soir, du soir au matin. Pas de répit ! Nombreux aussi, sont ceux qui comme nous, viennent et repartent sans avoir pu skier une seule ligne mais comment se plaindre de voir trop de neige ?!

EPILOGUE

Qu’importe le flocon, pourvu qu’on ai l’ivresse, voilà une expression qui va comme un gant à Krasnaya la rebelle. Dur à apprivoiser mais l’ivresse fut bien présente ! Au point que l’envie d’y revenir m’obsède depuis le jour du départ. En moins de 24 heures, il est possible de rejoindre Krasnaya depuis Annecy. Alors pourquoi sans priver ? A cause de l’argent ? Niet ! Du temps ? niet ! Souvenez du dicton des russes, on ne sait pas de quoi demain sera fait alors autant en profiter aujourd’hui.

Et si d’aventure, je ne devais me contenter, une fois encore de skier 2 mètres de peuf dans la forêt sous des chutes monstrueuses, j’hurlerais à nouveau ma joie dans ce petit bout de montagne, où quelque part, j’en suis sur, mon écho résonne encore…

 

GUIDE PRATIQUE

avertissement : la Russie comme certain autre pays impose d’avoir des contacts de l’intérieur, n’essayez même pas d’organiser un voyage là-bas si vous ne connaissez personne pour vous aider sur place… a bon entendeur !

100 roubles = 3 euros

ACCES :
Compagnie avion : n’importe laquelle fera l’affaire mais en prenant Aéroflot, vous pourrez transiter très rapidement à Moscou et espérer prendre un vol pour Sochi le jour même. Sur le parking de l’aéroport à Sochi, vous trouverez du monde pour vous amener à la station comptez quelques centaines de roubles.

Agence de voyages :
Annecy : www.paradise-voyage.com , une équipe de demoiselles à votre service…
Tel : 04 50 57 00 49

FORMALITES ADMINISTRATIVE :
Passeport + visa :
Pour obtenir le visa, vous devez fournir une invitation d’un organisme russe ainsi qu’un justificatif d’hébergement (voucher ou autre) d’ou l’obligation d’avoir des contacts sur place.
Prix du visa : en express car les choses traînent et se font au dernier moment, en plus du stress, il coûtera dans les 140 euros !

INFO STATION :

Altitude mini : 600 m / maxi : 2238 m
Dénivellé : 1700 mètres
Nombres de pistes : 1
Neige artif : none
Rémontées : 4 télésièges 2 places, compter une heure pour atteindre le sommet, beaucoup plus le week end car grosse file d’attente.

Prix des forfaits : 900 roubles soit 26 euros environ

Base héliski : 45 km d’exploitation (réduite à cause du parc national) gros MI 8. Nikolay est adorable et prendra soin de vous, il opère ici depuis 1995 (Krasnaya a démarré en 1994 )
7 jours de janvier à mars à partir de 2800 euros.
une seule et bonne adresse :
www.vertikalny-mir.com
e-mail : neverstopski@yandex.ru
Tel: +(7-903) 7400317

Hors piste :
Partie basse du domaine très plate, qui se raidit au fur à mesure que l’on s’élève.
Majoritairement en forêt, assez espacée et facilement accessible. La partie supérieure donne accès à un espace hors pistes très engagé réservé aux experts, mais la piste qui part du sommet ne présente pas de problème.
Il est possible de rayonner de part et d’autre de l’arrivée du télésiège en marchant plus ou moins longtemps pour skier un terrain nettement plus alpin mais ici plus qu’ailleurs, faites vous accompagnez, certaines pentes attirantes se terminent en cul de sac par exemple !

HEBERGEMENT :

Vous repartirez sans un kopeck (centimes de roubles !) en poche, l’expression vient peut-être d’ici !
Pas d’auberge de jeunesse ou de bons plans, sortez la monnaie.
Les hébergement sont quelques kilomètres avant la station. Les hôtels mettent à disposition des navettes pour vous rendre au spot le matin mais pas pour venir vous chercher, il vous en coûtera donc 150 roubles pour rentrer après le ski et le double en tarif de nuit pour rentrer du bar…

Une adresse : « 4 peaks hotel »

Un espoir pour les plus démunis cependant :
Pour la troisième fois de son histoire, Sochi a soumis sa candidature aux Jeux Olympiques d’hiver de 2014 et Gaz prom, la plus grosse compagnie de gaz russe qui investit dans beaucoup de domaine y compris les sports d’hiver, projette de construire 3000 lits ici. Une gare de départ de télésiège est sorti de terre il y a peu, les tailles dans la forêt sont visibles. Plus loin, c’est une batterie de télécabine qui patiente, dans un champ… La question est : dans combien de temps le domaine et les infrastructures seront –elles prêtes ?

LOISIR :
Pas de loisir, le seul bar où il se passe quelque chose le soir est le Munchausen :

Nourriture correct et pas trop cher, musique et breuvage jusqu’à tard dans la nuit, comme d’hab, surpeuplé le week-end !
NOTE : mise à jour février 2012 : avec Sochi et les JO de 2014, les infos çi-dessus ne sont plus valables, les prix flambent…((
le film ici                                                                                                         Retour à « reportages »