La dernière frontière

 

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Photos : Jako Martinet 
rider et texte : Xavier LEONTI


La double ligne jaune défile. Elle est notre compagne depuis des heures. Les interminables lignes droites nous laissent le temps d’admirer le paysage. Travelling latéral : les sapins fins et hauts masquent les montagnes en arrière plan, plâtrées comme nous avons l’habitude de les voir ici. La chance nous ait donné d’apercevoir des loups. Le temps de s’arrêter et de descendre, nous les verrons s’attarder un court instant avant de disparaître dans les hautes herbes, indifférents face à la curiosité humaine.
Nous sommes dans un des endroits les plus sauvages d’Amérique du Nord, où les routes, sur des centaines de kilomètres se comptent sur les doigts d’une main. Nous écumons le bitume, ou plutôt devrais je dire l’épaisse couche de glace qui le recouvre, de « l’Alcan » depuis quatre heures maintenant. « Alcan » pour Alaska – Canada: c’est la highway 37, plus connu sous le nom de Alaska highway. Cette route traverse tout le pays jusqu’à Fairbanks (ak), autant dire droit au nirvana. Mais le bonheur a plusieurs visages, et il n’est nul besoin d’aller aussi haut. Nous allons nous arrêter bientôt, au milieu de nul part, sur les terres de Last frontier heliskiing, le domaine d’héliski le plus grand du monde…

FINALLY

Après plusieurs heures d’interrogations, de doutes et de route, nous arrivons enfin à Bell II. Il s’agissait à la base d’une simple station service, qu’une personne bien avisée a transformé en magnifique base pour skieurs avide de ski avec un grand « S ». Derrière la bâtisse principale, une douzaine de chalets, à moitié ensevelis, qui sentent bon la cheminée. A côté, caché par des murs de neige, deux « écureuils » qui se reposent et qui se font bichonnés par les mécanos. Autour, la nature sans âme qui vive sur des milliers d’hectares et des montagnes qui tuent ! Bref, un véritable petit paradis sur terre.

BELL II

Le classique briefing sécurité et arva se passe à la lumière d’un couchant qui va bien, nous laissant espérer du beau pour notre premier jour de ride.
C’est raté ! Il fait un beau…jour blanc. On a vu pire et cela ne nous empêche aucunement de skier. D’autant que ce serait un sacrilège de ne pas profiter de cette neige. Il n’y a pas des mètres de poudre aujourd’hui mais les chutes sont tellement fréquentes ici qu’elle n’a jamais le temps de durcir : c’est moelleux à souhait : plus de quinze mètres de cumul, voilà qui laisse rêveur.

Pour bien planté le décor de ce qui reste un rêve pour le commun des mortels, voici quelques chiffres. Plus de 9000 km² de terrain de jeu pour 30 heureux chanceux (oui on peut le dire comme ça !). 30 personnes sur un territoire grand comme les alpes suisses, ça laisse de la place. Georges, la personne avisée dont je vous parlais plus haut, heureux propriétaire du business, a de mauvais souvenirs concernant l’héliski. C’est d’ailleurs la raison qui l’a poussé à se lancer dans cette aventure. L’un des plus virulent dans sa mémoire fut de se voir déposer sur une pente avec des groupes de 11, en étant obligé de faire du huit à 3 centimètres de la trace de son voisin et de s’entendre dire : »ça sert à rien d’aller plus loin, la neige c’est la même et t’es gentil, il faut en garder pour la suite ! »

Ici, on ne tricote pas : 2 « A-star » pour 3 groupes de 5. Les hélicos partent dans des direction opposé histoire de ne pas se marcher sur les traces. Que demande le peuple ?! Un hélico perso ? Certes, mais on verra plus tard. Pour l’instant on partage et ça va très bien pour nous merci. Les runs s’enchaînent, comme les plats dans un grand resto. Une petit touche de champignons (mushrooms dans le texte !) sur fond de forêt, suivi d’un coulis de chantilly sur 1000 mètres non stop de tapis rouge, pardon blanc !
M…, j’ai encore oublié de m’échauffer ! Ca va, j’ai le temps de m’étirer avant que le petit monde me rejoigne. Avec de pareilles conditions, on a pas envie de s’arrêter. Surtout que chaque rotations offre son lot de première trace.

Le domaine est si vaste qu’il ne sert à rien de jouer à l’économie, ceux qui viennent ici le savent. Ce n’est pas l’après ski ou l’ambiance club med pour laquelle on vient à la « dernière frontière » mais bel et bien pour le ski. Il y a toujours de quoi faire. La forêt permet de skier les jours de visibilité réduite et de neige. Impossible de repartir déçu, la latitude élevée permet de garde de bonnes conditions jusqu’au mois d’avril quand il n’y a plus guère qu’en Alaska où on trouve encore son bonheur.

L’Ak, parlons en, la mecque du freeride bien sur, mais pour avoir de telles conditions, il faut prendre le risque de rester cloué au sol pendant plusieurs jours, voire de griller ses économies durement acquises sans avoir fait le moindre virage ! Avec Jako, on arrive à la conclusion qu’ici, on a les avantages mais pas les inconvénients des cousins Us. Les pentes ont de quoi tenir la comparaison, la neige aussi mais ici, on a le soleil en plus.

Georges, nous signale que la majorité des gens qui viennent sont de bons skieur mais qu’ils ne cherchent pas le raide, car depuis un moment on louche sur autre chose que les pentes ordinairement skié par les guests. On prends bonne note et on promets de ne pas faire passer sa base pour un truc radical. Ce qui serait faux d’ailleurs. Il y a de tout pour peu que vous teniez debout. 450 runs répertoriés plus tous ceux qui attendent encore sans avoir jamais vu le bout d’une spatule, il y a le choix !

On refait le monde en pensant à tout ce qu’on pourrait faire en passant la saison ici. D’autant que le jacuzzi qui prolonge la douceur de la journée ne nous incite pas à partir ! Le train train des gens qui sont ici, est la pire routine que je connaisse. Celle que je souhaite à toutes et tous, ou du moins à moi ! Lever, petit déjeuner, 7 ou 8 déposes dans la journée, puis détente, dîner et coucher. Certes, le staff n’utilise pas le jacuzzi, mais bon tant pis pour les bulles, je signe pour une place de guide sans problème !

STEWART

Notre séjour dans cet endroit magique s’achève mais fort heureusement, il est hors de question de partir sans avoir fait un tour sur le massif accessible depuis l’autre base, celle de Stewart. En effet, la zone est si vaste qu’elle ne peut être skié en totalité depuis Bell II. C’est pour cette raison qu’il y a un an, une deuxième base a vu le jour dans cette tranquille petite ville, à 70 km à vol d’oiseau de Bell II, et à seulement trois kilomètres de l’Alaska. Tiens on y revient encore !
Oui, l’Alaska fait une petite incursion sur la côté ouest de la Colombie britannique, une petite bande de terre qui part du nord, très fine au passage du Yukon puis qui descend jusqu’ à Prince Rupert. C’est sur ce bout de terre qu’on trouve Haines et Juneau. Stewart se trouve donc pars là, loin de tout, une fois de plus. Vous devez prendre la route la plus avalancheuse d’Amérique du Nord pour vous rendre dans cette ancienne ville minière. Fruit du gold rush du début du siècle, la ville ne cesse de se  dépeuplée depuis l’épuisement des gisements. En 1950, il y avait 2500 âmes, il n’y en a plus que 500 maintenant. Plus rien ne retient les jeunes qui désertent. Si on ne pêche pas ou si on ne travaille pas dans le bois, il n’y a vraiment rien à faire. Pourtant, tout le monde connaît cet endroit magnifique. Vous aussi…certainement. Plusieurs films hollywoodiens ont été tournés ici : citons Insomnia récemment, le célèbre « the thing » ou encore « bear island ». Les productions sont venues chercher des décors spectaculaires et elles ont étés servies !

Niveau ski, il n’en est pas autrement. Ce ne sont pas juste les dizaines de glaciers que nous survolons, ni les fjords magnifiques qui nous font tourner la tête mais les pentes que je déflore à coup de grands courbes. Une fois de plus, ce n’est pas la place qui manque.
Ici la météo est plus capricieuse, en regard de la proximité de l’océan (océan ouvert à 70 km). La base est donc à altitude 0, mais la neige est bien présente, il y a deux semaines, il est tombé 1.50 m dans les rues en 3 jours ! Georges, a vu juste. Le métal précieux a disparu depuis longtemps mais il connaît la valeur de l’or blanc et il a trouvé un bon filon. Huit ans après le démarrage de Bell II, il s’est « jeté » à l’eau en montant sa deuxième base, l’avenir nous dira s’il a eu raison. En ce qui concerne, je parie qu’il ne le regrettera pas.

Le ciel, comme pour me conforter dans mon idée, est d’un bleu limpide, le bleu carte postale. Il manque juste quelques signatures sur des faces bon « dré ». Le boss aujourd’hui est d’humeur joueuse, et j’ai carte blanche. Je m’applique de mon mieux pour faire honneur au terrain de jeu. Il y a plus de glaciers qu’à Bell II et les faces se radicalisent davantage ( oui Georges mais pas que …!).
J’ai une pensée émue pour Graig Kelly qui a eu le privilège de faire la première sur ce pic, me dit Franz, co propriétaire et guide de Lastfrontier. 3 courbes légèrement appuyées, ça suffira !
Encore quelques lignes puis nous concluons notre stage au paradis avec deux ou trois premières moins extrême mais comment faire les fines bouches en pareilles conditions ?!

Un trip de plus s’achève Une fois encore, on aimerait qu’il dure plus longtemps quand les Dieux étaient avec nous comme ce fut le cas pour ce dernier. Comme à chaque fois on se dit qu’on reviendra, avec plus ou moins de conviction. Mais là, je le sais, j’y crois dur comme fer. J’ai eu la chance de monter au paradis, et de toucher un bout de bonheur alors c’est sur, je reviendrais…

Toutes les infos pour accéder au paradis via le web :

http://www.lastfrontierheli.com
Last Frontier Heliskiing Ltd.
P.O. Box 1118, Vernon, BC, V1T 6N4, Canada.
e-mail: info@lastfrontierheli.com
Tel: 001 250 558-7980
fax: 001 250 558-7981

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