Le temps s’est arrêté à Grimentz …

Trip Suisse/ Grimentz                                                                                                            Retour à « reportages »

Photos : Patrice Schreyer 
riders : Xavier LEONTI, Cyril MEYNET, Florian BOSS£
texte : Xavier LEONTI

 


L’autoroute s’achève. Plus loin, dans la vallée du Rhône, avec ses vignes à flancs de coteaux, la route continue. A une heure de là, une destination qui fait rêver skieurs et alpinistes : Zermatt. Ce sera pour une autre fois, nous prenons la première à droite direction le Val d’Anniviers, Grimentz plus précisément. Une petite station qui en matière de rêve n’est pas en reste.

C’est depuis Zinal, une station voisine que j’aperçu pour la première fois les pentes de Grimentz. Je me souviens avoir passé un long moment à tracer des lignes imaginaires un peu partout. L’exercice fut de courte durée, mon guide du momentme ramenant à une réalité pressante. Je remballais vite fait mes rêvasseries pour ne pas rater la dernière navette non sans promettre de revenir, histoire d’apposer mon sceau sur ces montagnes attirantes.

Il me semble que c’était hier pourtant cela fait plus d’un an déjà. L’eau a coulé sous les ponts et la neige…La neige, quant à elle, a un peu (beaucoup) oublié son rendez-vous annuel. Néanmoins, nous venons serein car je n’ai jamais été déçu de mes petites incursions en territoire helvétique : think positive, telle est ma devise. La musique de Bob y serait-elle pour quelque chose ?!

Notre arrivée nocturne ne nous permet pas (encore) d’admirer ce petit village. Ni cette première journée d’ailleurs, nous jouerons les touristes plus tard. Cela fait plus d’une année que mes lattes et moi-même attendons avec impatience ce moment. Fred, notre guide et Patrice se concertent, on se laisse driver. Du sommet du Roc d’Orzival (2853 m), notre dos n’en peut plus de faire des courbettes aux plus prestigieux sommets des Alpes. Nous en prenons plein la rétine. Partiellement caché par la Corne de Sorebois de Zinal et le Scex Marenda, la Couronne Impériale et ces cinq 4000 m (dont sa majesté le Weisshorn et la Dent Blanche) nous honore de leur présence. Viennent ensuite le Mont-blanc et l’Aiguille Verte, le Grand Cornier, le Cervin, et même au loin l’Eiger. Au total, plus de quatorze merveilles de plus de 4000m qui arrivent presque à nous faire oublier la raison de notre venue.

L’extase ne nous ramollit pas les jambes et on taille pleine face nord des Tzougdires. Le suspens est de courte durée : la neige est bien là. Il faut dire qu’à 2900 m., nous avions peu de chance de nous tromper. Pas une seule trace, seules deux autres personnes, qui s’avèrent être aspirants guides, nous rejoignent un peu plus tard. Les conditions sont délicates pour descendre jusqu’à Saint-Jean, qu’importe, avec 1300m de dénivelé en première trace on ne fera pas les fines bouches. Fabien, notre caméraman, est vert de rage, gras de peuf et obligé de se taper la caméra…chacun son fardeau. Le notre est assez léger, merci pour nous, et c’est avec entrain que l’on en redemande à nos hôtes. Nul besoin de remonter à pied pour skier les petits couloirs exposés nord de la combe d’Abondance.

On s’en paye une tranche jusqu’à l’Etable du Marais, un sympathique restaurant non loin des pistes, qui sévi à grands coups de fromage. La fondue est délicieuse et nous redonne des forces, heureusement car la journée est loin d’être terminée…

 

VIVE LE SKI FAMILIAL

Retour à Bendolla, j’aimerai bien tracer le petit massif qui  » divise  » la station en deux. L’arrête des Morts a, certes, un nom peu encourageant mais au premier coup d’œil, vous y plongerez vous aussi à bras ouverts. Quelques virages ça et là, mais rien de bien grave pour ceux que seule la première trace intéresse. Personne ici ne met les skis sur l’épaule. Seules trois traces qui partent du sommet du Roc de la Tsa trahissent des snowboarders au goût proche des nôtres.
L’ambiance est euphorique : Zinal propose un ski sportif avec un domaine free-ride à l’américaine, Chandolin organise un contest free-ride (First Track contest) et Grimentz joue la carte du ski familial…Tant mieux, le ski des familles : on adore ça, tout le monde sur les pistes et à nous la pow. Cyril, qui vient pour la première fois, n’en revient pas. Dans ses Portes du Soleil natales, aucune de ces faces ne seraient restées vierges plus de quelques heures. C’est avec une grande facilité que l’on ride sans jamais croiser nos traces précédentes. Bonheur.
Les remontées qui ferment à 16h30, il vaut mieux se dépêcher de remonter au sommet de Lona II, le téléski qui arrive au pied des Becs de Bosson (3149 m),  » le  » sommet de Grimentz. Nous chaussons les peaux pour le contourner et nous rendre à la cabane du même nom. Le soleil a cédé la place aux nuages. Le vent se mêle à la partie ; en face de nous le Weisshorn se démène pour ne pas disparaître. Dommage pour le coucher de soleil à 3000. La lumière est quand même suffisante pour admirer la Plaine du Lona qui conduit au Scex Marenda. Demain peut-être…

BON ANNIVERSAIRE


Au dehors, le vent et la neige se déchaînent Chantal et Jamie, les gardiens du refuge, commencent à s’inquiéter : un groupe de randonneurs en raquette attendus depuis un moment déjà (18 h) n’arrivent pas. Ils viennent de Nax, dans la vallée voisine. Pascal, le directeur de Zinal venu nous rendre visite, et Patrice sortent voir. Dans la tourmente, il est difficile de distinguer les signaux émis par les torches mais il semble que tout aille bien malgré une distance encore importante à parcourir pour les pauvres malheureux. Petite pensée pour les vaillants alpinistes tel W. Bonatti en solo dans la face nord du Cervin, qui rassurait Mario, son ami à Zermatt, nuit après nuit, à coup de faisceaux lumineux. Même s’il ne s’agit pas d’une première, nous sommes néanmoins en haute montagne et le groupe s’étire au fur et à mesure de sa lente progression. Il faut agir. Il est 23 h quand nos trois sauveteurs décident d’aller à leur rencontre équipés de matériel de secours, nous nous dévouons pour garder le refuge… ainsi que ses occupantes ! Les premiers  » sportifs  » arrivent peu de temps après, les derniers une heure plus tard. Tous sont épuisés, les filles du groupe sont à bout de nerf. Les  » sauveteurs  » sont chaleureusement remerciés. Plus de peur que de mal. Ils étaient venus fêter un anniversaire en refuge. Pas étonnant qu’ils aient mis six heures de plus que prévu :ils ne savaient pas où était le refuge, certains n’avaient jamais fait de raquette avant (c’était le cadeau pour monter à la cabane) ils n’avaient pas d’arva, et comble du comble, faute de pelle et de sonde, ils avaient rempli leur sacs de canette de bière, de CD et bien sûr d’un bon vieux poste des familles…OUAIS ! N’est pas parisien qui veut ! Pour le sac de bière, il est quelque part la haut, si ça intéresse quelqu’un. Fin de l’épisode.

Nous passons la nuit bercée par la musique d’un vent infatigable. Au petit matin, notre premier réflexe est de se ruer vers une fenêtre pour voir de quoi sera fait notre journée. Eole s’est vraiment fâché cette nuit et la neige ,apeurée, est allée se réfugiée dans les combes. On devine les plaques nombreuses. Il faudra être très prudent car pour ne rien arranger, le zef n’est pas totalement retombé et la neige qui se soulève ne permet pas de voir très loin. Dans de telles conditions, nous prenons notre temps, savourant un bon petit déjeuner à la chaleur du poêle. Le retour à la civilisation est un poil chaud mais tout se passe bien. Le temps est exécrable. Les skieurs ne prennent pas leur pied, le photographe non plus. On décide d’en rester là et de remettre le couvert plus tard…

I ‘LL BE BACK…

…Tant mieux : c’est toujours un plaisir de venir ici, d’ailleurs nous venons serein car je n’ai jamais été déçu de mes petites incursions en territoire helvétique (tiens, j’ai déjà lu ça quelque part !!) C’est un beau ciel de printemps qui nous accueille lors de notre deuxième venue. Il faudrait plus de temps pour tout découvrir. Le domaine compte très peu de remontées ( 11 ) mais ouvre de nombreuses possibilités. Du sommet du Lona II et de l’Orzival, les plus hauts téléskis, votre regard embrassera l’ensemble du cirque. Ne vous affolez pas, il faudra vous y prendre à plusieurs reprises pour tout crayonner. Du sommet des Becs de bossons, vers le nord, file une longue crête jusqu’au Roc de la Tsa. Vers l’Est, jusqu’à la
Pointe de Lona cette fois, un autre terrain de jeu déroule son tapis blanc. De la grande courbe aux pentes raides, les variantes sont infinies. Nous ne baissons pas les bras pour autant.Nous choisissons les pentes du côté de Lona. Floriane, l’assistante et compagne de Patrice, nous montre les beaux restes de son passage en équipe nationale suisse. Tout le monde sort son plus beau ski et nous slalomons, comme jadis, mais les trajectoires ne sont plus imposées : ni rouge, ni bleu. Le vert prime dans ce hors-piste qui se termine en forêt. Ca et là, des résineux sans vie, colorent l’atmosphère d’une teinte surnaturelle. Magique.
Les runs se suivent et ne se ressemblent pas. Un point commun, toutefois : l’ambiance, aussi joyeuse que lors de notre première visite…ainsi qu’une forte envie de déménager ! Je comprend mieux pourquoi notre photographe est amoureux de l’endroit.

Le ski s’arrête, Patrice a hâte de nous montrer son expo photo à la Claire-Fontaine. Encore une excuse pour goûter à l’apéro raclette…. Impossible de ne pas succomber au charme de ce petit village. Tout n’est que bois. Les ruelles étroites sont bordées de chalets tous plus beaux les uns que les autres. Les mazots, montés sur pilotis, sont légions. On se balade en se demandant comment faire pour venir passer plus de temps ici. Le tourisme de masse est un terme inconnu, tout comme l’est celui de free-ride d’ailleurs. Seuls quelques hôtels et le télécabine trahissent une modernité nécessaire à la survie économique du village. En 1957, le premier téléski du Val d’Anniviers voyait le jour à Grimentz. Dès cet instant, les suisses ont su préserver leur trésor.
Il fait bon vivre dans ce lieu où l’on ne compte même pas cinq cents habitants. Vous ne trouverez pas les dernières boîtes à la mode, pas plus que les snow-bars qui font la réputation de bon nombre d’usines à ski. La tranquillité est de mise pour le plus grand plaisir de ceux qui apprécient les choses simples comme le bon ride et le repos mérité qui s’en suit. Les rostïs ont beau être délicieux et Patrice partant pour faire la fête (aidé en cela par quelques bouteilles de vin de la vallée), c’est un non collectif qui
accueille son idée de partir au Country, le pub du coin. En venant à Grimentz, vous aspirez à autre chose. La fête attendra un autre lieu et un autre moment.
Arrive enfin l’heure du repos tant mérité. En songeant à ce havre de paix ( et de peuf ) je pourrais écrire encore et encore. Ecrire que les hors-pistes sont très nombreux, entre le Vallon de Réchy et les itinéraires qui partent du Roc d’Orzival. Ecrire que ceux qui viennent de Zinal sont un délice. Ecrire que le système de navette postale (gratuite) offre beaucoup de possibilités.
Effectivement je pourrais, mais je suis égoïste, alors je m’arrête là, histoire de continuer à venir serein dans cet Eden, là où le temps s’est arrêté… à Grimentz, plus précisément.


GUIDE PRATIQUE

Le Val d’Anniviers (valais central) est la dernière vallée où l’on parle français
1 franc suisse = 1.51 Euros

- S’Y RENDRE :
En voiture : 210 km depuis Annecy par Thonon les Bains, idem par Chamonix Direction Martigny, puis autoroute A9 (forfait annuel de 40 CHF) Direction Sion puis Sierre Est. ATTENTION : panneaux bleus = nationales ; vert = autoroutes
En train : gare de Sierre puis bus PTT ( 1h) En avion : aéroport international de Genève à 200 km Aérodrome de Sion à 45 km

- SKIER :
Forfait Val d’Anniviers 220 km de pistes (5 stations : Zinal, Grimentz, Chandolin, ST-Luc, Vercorin) : 42 Francs suisse la journée
Ecole du Ski Suisse : 0041 27 475 50 60 / www.ess-grimentz.ch
International new school : 0041 27 475 24 34 / www.ins-ski.ch
Bureau des guides Anniviers : 0041 27 475 12 00 / www.anniviers-montagne.ch
Refuge des Becs de Bossons : 0041 27 281 39 40

Armand, le responsable sécurité de la station se fera un plaisir de vous indiquer les coins safe comme ceux à éviter (poste de secours de Bendolla)
Grimentz propose un petit snow-park (une douzaine de modules)bien sympa proche de la buvette Orzival avec une sono et Philippe, un gars sérieux qui s’en occupe.

- CONTACTS :
Office du Tourisme : 0041 27 475 14 93
Remontées mécaniques : 0041 27 476 20 00
Site web : www.grimentz.ch

- BONS PLANS : 
Resto  » à la Claire -fontaine « , Annette vous propose un apéro raclette de 16h à 18h (avec le verre de fendant qui va bien !) :0041 27 475 24 96
L’Etable du Marais sur les pistes, à proximité du télésiège des Grands Plans
Resto d’attitude Bendolla : 0041 27 476 20 19
Aire de camping-cars en direction du barrage de moiry ou office du tourisme pour tout renseignement concernant l’hébergement

Remerciements à : Mr Y. Salamin pour son accueil, Fred. Salamin pour nous avoir guidé, ainsi que Chantal et Jamie pour la chaleur de leur refuge.

 

Retour à « reportages »