not a so secret spot

Station France/ Mont Genèvre                                                                                                Retour à « reportages »

Photos : Jako Martinet 
rider et texte : Xavier LEONTI

 

On a tous nos habitudes. Quotidiennes ou saisonnières, elles sont incontournables. Par confort ou obligation, elles nous ôtent la nécessité de planifier, de penser parfois. Tel un robot, on reproduit le même schéma. Le skieur n’échappe pas à la règle. S’il habite en station, les chances qu’il aille poser ces skis ailleurs sont bien minces, mais plus il habite loin moins cet état de fait se vérifie. Ce sont donc logiquement les moins bien lotis, qui, par leur lieu de vie, sont ceux qui diversifient le plus leurs escapades. Mais quand bien même, une préférence reste une préférence et il est dur de changer ses bonnes vieilles habitudes. Surtout lorsque la neige coule à tous les étages et que le pays est recouvert du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il faut se faire violence ou avoir envie d’en brasser encore plus, pour prendre la voiture et aller voir ailleurs.

L’hiver 2009 voit des litres et des litres se déposer sur les alpes du sud, on ne compte plus les routes coupées et les domaines fermés. Je crois bien que s’il y a un moment pour faire une infidélité  aux alpes du nord, c’est maintenant. Alors c’est parti direction la frontière France et Italie, à Montgenevre.

Il nous faut franchir le col du Lautaret, et c’est le premier coup de pression que l’on se met. Est-ce que ça va passer…ou pas ? Fort heureusement, la route est impeccable ou presque et tout passe bien. Mais nos doutes prennent une autre forme. On dirait bien que le vent à soufflé dans le coin. Il faut dire que le col est coutumier du fait mais le hic, c’est que même en redescendant aux alentours de Serre Chevalier, le paysage ne change pas, on devine qu’il a neigé mais pas tant que ça ! Ajouter à cela un fort vent, et nos sourires fondent comme neige au soleil. On nous aurait menti ? Heureusement, il y a encore un peu de route pour arriver à notre destination. Comptez deux heures et quart par route sèche depuis Grenoble. Une fois à Briançon, nous remontons en direction de l’Italie, la végétation avec ces pins me fait penser aux vacances. Eh oui, chez nous, ce sont plutôt des sapins qui poussent ! Et pour moi les pins riment avec été, pourtant notre route s’achève bientôt, au col qui bascule sur l’Italie. Sestrières juste à côté,Turin, un poil plus loin. Une chose est sure, c’est que l’été, ce n’est pas pour tout de suite !! Instantanément, le sourire revient sur nos visages. Il faut dire que la station se situe à 1860 m d’altitude puisqu’elle est au col, c’est un bon départ. Les arbres sont bien blancs, et les toits chargés de neige fraîche sont de l’épaisseur des cartes postales. Je pense que l’on va s’en payer une bonne tranche. Pourtant, nous sommes encore perplexes. La station occupe les deux flancs de montagnes. Côté du Chalvet, depuis la bas, on devine de grandes pentes et du ride en forêt, pas pire, comme on dit mais rien de transcendant, du moins vu d’ici. Il semble que le gros du domaine se trouve en face. Mais là encore, le spot reste à l’abri des regards, on imagine car les télésièges et les perspectives s’effacent derrières des lignes de crête. Il est tard et nous attendrons demain pour voir ce que nous réserve le spot.

YES

Le soleil brille mais le froid est bien présent, l’hiver semble à l’aise ici et c’est bien comme ça. La dernière chute remonte à avant hier. Fort heureusement pour nous, il y a plus de monde sur les stades de slalom que dans la poudre ! Je ne sais pas si c’est la présence de l’Italie toute proche qui veut ça mais le fait est qu’il y a des forêt de piquet un peu partout. Je dirais tant mieux, à chacun sa forêt ! Ca y est, la fin du premier télésiège est proche et on passe au-delà du dôme qui nous empêchait de voir. Une deuxième remontée et la montagne se dévoile complètement. La vision nous ravit. Le rocher de l’Aigle en face, l’Aigle encore plus à gauche et la Crête à droite. On dirait bien que les remontées du haut étaient fermées les jours précédents. D’ailleurs, elles sont toujours fermées mais vont ouvrir d’une minute à l’autre, on peut dire que le timing est au top. Dur de ne pas perdre son calme tant les tentations sont nombreuses. Surtout qu’il y a un autre paramètre à prendre en compte : d’ordinaire la station est loin des strasses et des paillettes du freeride mais il se trouve que tout le milieu semble s’être donné le mot ! Et pas juste les français, scandinaves par boite de douze et j’en passe ! Ca va être la guerre. Il faut faire vite car, dans ces conditions, les choix sont cruciaux. On opte pour les grandes pentes de l’Aigle. Un petit gout d’Alaska, un bon mini golf comme on l’aime. On étudie la topographie afin de déterminer le moyen de parvenir à l’aplomb de nos lignes le plus rapidement possible. Il n’y a pas beaucoup de solutions ! Une traversée à skis puis montée à pied. On se retourne pour mettre les skis sur le sac au pied de la pente et on voit arriver notre cher bataillon de norvégiens. Tant pis pour la montée tranquille, la pression monte et ils collent aux basques. La politesse ne les étouffent pas mais ils restent derrière. On arrive donc les premiers, eux passeront après nous. Tant mieux car c’est court mais bon. Malgré le mini golf, j’opte pour la vitesse et à peine le temps d’accélérer que nous sommes déjà en bas mais il y a des itinéraires plus long depuis le Colleto Verde, ne vous inquiètez pas. On referait bien le même mais ça pousse derrière alors il faut aller de l’avant. Bon, autant couper court au suspens, il y a du rider et du photographe tous les dix mètres alors, pour l’esprit ballade, faudra revenir un autre jour car pour l’heure, c’est un peu la course à la première trace. On maudit ceux qui pourrissent tout, y compris les pros qui manquent de métier et qui n’attendent même pas que les joyaux sortent de l’ombre ! Un poil hallucinant mais chacun fait ce qu’il veut, n’est ce pas ?

De notre côté, on s’en tire bien, et on profite aussi. Il y a beaucoup de relief ici, partie basse avec des arbres et des cliffs un peu partout, partie haute des lignes de freeride plus ou moins engagées. Trop difficile de dire quel coin est le plus attirant. La pointe du Chenaillet offre un bon terrain de jeu tout comme l’Aigle. En fait, tout est skiable ou presque, c’est un mini golf géant sur lequel il faudra passer beaucoup de temps pour tout connaître. Ou que l’on skie, on se fait plaisir, il n’est cependant pas inutile de rappeler qu’une petite reconnaissance d’en bas ou d’un point opposé n’est pas dénué de sens pour certains runs…
Comment dire, on prend notre pied à chaque run justement, chaque virages. On fait des photos…dans notre tête tant le spot est joli. Il est impossible de shooter en permanence et il est temps de pousser la visite dans la station mitoyenne versant italien. Les Monts de la lune, rajoute environ 35km de pistes au domaine skiable. Le terrain s’adoucit un peu mais le ride en forêt est orgasmique. Pas une trace ici, on ne se fait pas prier ! A bien y regarder, il y a aussi du raide mais nous ne sommes pas accompagnés et nous n’avons pas envie de perdre trop de temps alors on profite des arbres, à l’abri des regards et on revient en France.

Un jour, deux jour. On découvre un aspect différent à chaque coin de montagne. Montgenevre, la nuit ce n’est pas Ibiza alors les matins sont faciles et les journées longues. On prend notre du, le versant du Chalvet est moins enneigé que son confrère car l’exposition tend au sud. Il y a de quoi faire de belles courbes, le relief est plus lisse mais tout aussi agréable. La partie boisée qui rejoint le village à elle seule mériterait une bonne journée mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et la réalité nous rattrape. On voit encore des riders, y compris des têtes connues qui, par l’odeur alléchés ramènent leur lattes ici. On se regarde, le sourire en coin, en disant qu’ils auraient du être là hier, avant hier même. Peu importe, il y a quelques jours, nous avions fait un pari : tourner le dos à la routine, pour venir ici. Et nous avions fêtés dignement notre pari gagné en traçant une poudre profonde et vierge dans un cadre magnifique. Décidément le sud, ce n’est pas juste l’odeur du soleil et des cigales. C’est aussi, en tout cas pour Montgenevre, une station discrète, qui cache bien son jeu et qui, si la neige est au rendez-vous, comblera les plus difficiles d’entre vous tous. Alors, oui, je vous le dis, la routine ce n’est pas toujours bon, allez voir ailleurs…là-bas, en tout cas le jeu en vaut la chandelle.

 

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