C’est les Rousses que l’on préfère

Station France / L’Alpe d’Huez                                                                                   Retour à « reportages »

Photos : Jako Martinet 
rider et texte : Xavier LEONTI

Devinette : quel est le point commun entre Lance Armstrong et Cad et Olivier ? Ils sont tous très content d’arriver là haut. Où ça ? A l’Alpe d’Huez pardi. Le tour de France, avec cette image mythique d’un Armstrong qui utilise les freins alors qu’il monte ! Le festival international du film de comédie où d’autres stars, celles du petit et grand écran, descendent à la montagne pour prendre un bain de neige, de soleil, de champagne… Bref, ça bouge à « l’Alpe » mais on en viendrait presque à oublier que c’est avant tout une station de ski. Heureusement Skieur, tel un justicier, va  rétablir l’ordre en réparant une grave injustice : redonner à cette station une réputation à la hauteur du ride qu’elle propose : grandiose.

EN ROUTE  BILOUTE

La vallée se resserre tandis que Grenoble ne devient  plus qu’un souvenir dans le rétroviseur. En bon Haut-savoyard, je ne peux m’empêcher de constater et regretter le manque de sapin sur les flancs abrupts qui dominent la route. Ils sont pour moi indissociables du paysage montagnard. Pourtant, ces dernières ne tardent pas à apparaître. Passé Gavet et son austérité sévère, le massif du Taillefer se découvre peu à peu, là bas au fond, dans le V de la vallée ! Cette vision suffit à accorder les violons, d’où qu’ils viennent ! Il s’agit bel et bien de montagnes, et quelles montagnes : imposantes, massives et bien blanches. On les devine hautes car, comme pour mettre tout le monde d’accord, les arbres sont absents, feuillu ou pas, ils devaient avoir la flemme de monter.

La vallée de la Romanche poursuit son chemin et Bourg d’Oisans se profile bientôt à l’horizon, une décision s’impose. Le choix n’est pas aussi vaste qu’à Moutier par exemple, mais la réputation des stations alentours n’est plus à faire…Ou plutôt si ! Les Deux Alpes et la Grave se portent bien, merci pour elles mais l’Alpe d’Huez version ski, je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je n’en ai jamais trop entendu parler !

LET’S GO

On enchaîne les 21 virages qui ont rendus la dite station célèbre grâce à nos chers sportifs de cyclistes, pour arriver sur un « îlot », au cœur du massif des Grandes Rousses, perché à 1860 m d’altitude. Premier bon point même si je ronchonne toujours devant le manque de verdure. Vous l’aurez compris, j’arrive en terrain étranger avec un a priori négatif. Ma seule expérience ici se résumait à une journée sur un stade de slalom et le souvenir d’une ambiance de désolation caractéristique des stations d’altitude qui ressemblent toutes à des stations lunaires. Cet avis n’engage que moi bien sur, mais Pascal, notre guide au sens propre comme au figuré va devoir sortir tous les atouts de ses manches pour me faire changer d’avis ! Heureusement, le jugement final se fait sur la neige et la qualité du ski reléguant l’urbanisation de la station au second plan…du moins pour les skieurs.

La présentation de l’équipe se passe sous un ciel bien bouché. La neige est présente et fraîche s’il vous plait mais le bleu est aux abonnés absents. La dame dans la télé qui s’agite devant sa carte, avait dit que les éclaircies seraient de la partie. Le futur proche nous dira si son salaire est justifié ou non ! Pour l’heure, il nous faut trouver de quoi faire malgré une vision ultra limitée. Le réflexe naturel de l’homo skius est de se diriger vers…devinez quoi ? La forêt bien sur !  Aller, vous pouvez l’avouer, de toute façon, je vous vois, vous et vos yeux écarquillés. De la forêt à l’Alpe ?! Nooon ! Et  bien oui !! il y a de quoi rider en toute tranquillité ici aussi quand le mauvais temps fait parler la poudre ! Le spot pour ce faire s’appelle la Combe du Bras. Les jours de vents du nord vous serez à l’abri dans les sapinets pour descendre jusqu’à Huez en affichant un petit 600 mètres de dénivelé quand même ! Le souci, c’est que l’homme, enfin, ils étaient plusieurs, a replanté en masse. On ne va pas leur jeter la pierre, mais ça devient parfois difficile d’autant que Philippe Stark n’a pas encore inventé le sapin à rotule !

Il y a un deuxième spot, plus en amont, qui se savoure également entre arbres et amis. Pascal jubile en nous faisant découvrir cet autre « tree run » à proximité des pentes d’Oz. La aussi, la nature est maître en son lieu, les vergnes gagnent du terrain sur la partie basse, et des heures de « bucheronage » ont été nécessaires pour ouvrir quelques bréches qui permettent à celui qui à l’œil, ou qui connaît de prolonger le plaisir jusqu’à Oz ou bien encore L’enversin où se trouvent les remontées les plus basses du domaine. Si le cœur mais surtout la neige vous le dit, vous pourrez pousser le vice jusqu’à Allemond. Renseigner vous sur les horaires des bus qui ne sont qu’aux nombre de trois, faute de quoi, il faudra ouvrir le porte monnaie pour le taxi.

DES CHIFFRES, ENCORE DES CHIFFRES !

Nous choisissons la cote à 1350 m qui correspond à Oz pour remonter bien plus au haut car il semblerait que la fenêtre attendue daigne arriver. Les nuages se fendent par moments pour laisser apparaître le sommet du domaine. Question altitude,  « l’Alpe » n’a rien à envier à qui que ce soit ! le Pic Blanc pointe à 3330 m, il y a de quoi faire quand on regarde les autres chiffres : l’Alpe à 1800 et des poussières, Huez : 1500 m., Oz 1350m., L’Enversin 1200 m., je ne vous fais pas un dessin…Pour ceux qui ont la comprenette difficile, vous demanderez à vos cuisses. Vous l’avez compris, niveau déniv’, il y a ce qu’il faut. A moins de faire de la pente extrème, qui dit dénivelé dit longueur, je vous le donne dans le mille Emile ( on se tutoie, c’est plus simple !) la piste de Sarenne est la plus longue du monde : 16 km. Certes me direz vous, il s’agit d’une piste et alors, il en faut pour tout le monde et quand bien même, il est toujours agréable de glisser aussi longtemps, surtout quand on a la possibilité de se faire ça au clair de lune… Niveau enneigement, même topo à une telle altitude, on peut dire que s’il n’y a pas de bonnes conditions ici, on peut rentre direct.

Bon, je coupe court au suspens. Les maths, c’est pas mon truc alors autant vous le dire tout de suite, j’arrête de compter les bons points. Plus le temps passe, plus ils s’accumulent, je cesse donc de faire les comptes : comme à la banque, tant que c’est positif, c’est que tout va bien !

Retournons à la peuf, si vous le voulez bien. Le temps et les jours passent, le ciel bleu s’établit. Plus rien ne nous empêche de découvrir ce que l’Alpe à offrir. Retour au Pic blanc, point de départ de Sarenne mais aussi de nombreux hors pistes.

Les côtes de rivets proposent un hors piste accessible car peu difficile ( attention toutefois aux pentes en amont) et bien visible. C’est un des avantages de la station : il y a de nombreux hors pistes dont l’accès se fait par gravité. Citons la combe du Loup, pied froid et la combe du cerisier, également accessible le couloir des pioches mais il est utile de rappeler une énième fois que derrière ces noms qui éveillent curiosité et désir, vous évoluez dans en hors pistes et en haute montagne. Nous avons encore pu constater durant notre séjour des comportements irresponsables sur le domaine. Ne suivez jamais des traces, ne surestimez pas votre niveau, partez équipé et jamais seul. Un guide vous permettra de savourer les plaisirs de la montagne en toute sécurité. Ok, nous ne sommes pas là pour faire la morale mais, pour que la montagne reste un lieu de liberté, merci de faire attention ! Le couloir des pioches pour ne citer que lui, est d’un accès o combien facile, pourtant la chute y est fatale.

Les couloirs de Macle, au dessus des Marmottes 3, dont les «célèbres » cheminées de Macle sont elles aussi à portée de spatules. Ce n’est pas parce que ces itinéraires sont à la vue de tout le monde et facile d’accès qu’ils sont plus faciles que s’ils étaient perdus au fin fond d’un massif lointain. C’est une illusion fréquente que de se croire en sécurité dans ces conditions. La chute ici sera sanctionnée aussi sévèrement qu’ailleurs et le fait de rester proche des autres skieurs n’y changera rien. Excusez je m’égare, on dira ce qu’on veut, même si nous faisons l’apologie du hors piste à longueur de page, cela ne dispense pas chacun de réflexion et de responsabilité.

MAIS ENCORE

Refermons cet aparté pour en revenir à des choses plus joyeuses. Pour dresser un rapide portrait du domaine, nous pouvons dire que la partie Est est composée d’itinéraires glaciaires ( sur le haut bien sur ) tandis que l’autre versant ( celui que vous voyez depuis la station) est plus propice aux combes qui serpentent entre les plateaux des lacs supérieurs et inférieurs.

Une longue traversée depuis le Pic Blanc nous amène jusqu’à la Combe du Cerisier. Les moins flemmard mettrons les skis sur le sac pour s’engager dans le joli couloir du Narcisse Nonnet. Dans les deux cas, de la pente à souhait, de la poudre et un cadre magique. Une fois en bas, on peut voir d’autres petits itinéraires tel que le couloir de la Banane ou de l’Immeuble.

Oui, ici plus on ski et plus on s’aperçoit qu’il y a des choses à faire ! Les rotations sont longues pour tout ce qui concerne la partie Est et il faudra du temps pour écumer tout ça. Qu’à cela ne tienne, nous remontons pour pousser un peu plus loin notre exploration. Une nouvelle fois au sommet, on jette un œil et même deux pour admirer le panorama. Tout l’Oisans défile, la Meige, le Rateau, le Rochail mais aussi le Mont Blanc… Bref, par beau temps, on a sous les yeux 1/5 du territoire français, qui dit mieux ? Le temps passe et l’heure n’est plus au devinette. On tourne à gauche, direction le Grand Sablat, le classique ! Là encore, vous pourrez pousser plus loin, et aller taquiner le couloir des fioles et les fiolons, le glacier des Rousses et bien plus encore mais on verra plus tard. Il n’y a quasiment aucune trace alors on se sépare, le couloir du Sablat n’offre pas de difficulté et s’avale à sa sauce préférée : petits virages pour certains, grandes courbes pour d’autres !

Je pousse jusqu’au limite du glacier qui est bien bouché pour m’offrir quelques virages à grande vitesse. On délaisse plus ou moins la Pyramide derrière nous pour avaler cet itinéraire d’une traite. La partie basse est plus plate, on prend le temps de tourner la tête, le couloir des pioches à droite, à gauche d’autres couloirs encore et encore. Un peu plus bas les dents du Cerisier, je sais très bien pourquoi j’ai la tête qui tourne. Ce n’est pas à cause de mon ski version touriste qui regarde partout sauf devant lui mais bien parce que, Dieu que je m’étais fait une mauvaise opinion du spot. C’est magique, simplement. Ce run n’est pas encore fini que je me projette déjà dans toutes les pentes possibles et inimaginables ! L’avantage de l’Alpe, chose confirmée par le peu de traces présente ici, c’est que peu de monde sort des pistes, à moins qu’il y ait peu de monde tout court ou alors ailleurs !

On se gave, simplement. Il est tard dans la saison et nous ne pourrons pas pousser jusqu’à Clavans le bas, histoire de faire la pause classique à l’auberge de Savel, pour se rassasier après s’être gaver ! Le retour en taxi n‘aurait fait que ralentir notre caravane. Nous sommes bien des touristes, mais des touristes qui courent alors nouveau retour via le bas de Sarenne après une longue traversée à flanc qui s’avère dangereuse en fin de saison, tenez vous le pour dit !

Le Grand Sablat a tenu ses promesse, le piège à neige du coin n’aura pas démenti. Ce fut bon ! Les cheminées de Macle, pas mal. Pied froid, bien froid et léger comment aurait il pu en être autrement ! Les journées s’enchaînent sans que nous ne fassions deux fois la même chose. Pascal, qui ne tarit pas d’éloge au sujet de sa chère station dont personne ne parle mieux que lui, nous offre, pour notre dernier run, une énième tranche de ride avec en bonus, une petite touche aérienne. Le chemin débute comme pour les Côtes de Rivets, juste au dessus, l’entrée du S de Macle, on poursuit un peu puis on remonte jusqu’à l’arrête de l’Herpie. Personne ne suivra, il y a un monde entre les Côtes et ce qui nous attend au dessus. Ambiance comme dirait certains : gaz à tous les étages. L’arête s’étire, assez longue et fine, elle imposera sans doute le renoncement à l’imprudent qui aurait voulu faire le malin en vous suivant. Il vaut mieux ne pas faillir car la chute du côté de la Combe Charbonnière ne sera pas pardonnée. Même topo pour l’autre versant, qui surplombe les Côtes de Rivets, et qui ne laisserait que peu d’alternative sauf si bonne étoile ou affinité… Moralité, on fait attention où on pose les spatules et on se dit qu’on est bien mieux qu’en snow ou en mono sur ce fil !

Je lorgnais tous les soirs sur cette pente depuis l’hôtel. Elle est bien visible, d‘autant que les derniers rayons de la journée l’habillent de couleurs chaudes qui ne soulève qu’une envie : caresser ces formes, la détrousser le temps d’un instant pour magnifier ce tableau. Nous ne l’aurons pas skier au couchant mais le plaisir, comme durant tout notre séjour, n’aura pas été boudé.

FAUTE AVOUEE….

J’avais tort, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi content de découvrir un nouveau spot. Le temps de quitter nos nouveaux et valeureux amis est bientôt arriver, on boit un verre au soleil, le sentiment du « devoir » plus que bien accompli. Echange de numéro de téléphone et de mail, car l’hiver est bientôt fini mais une chose est sure, l’an prochain, je vais revenir car l’Alpe, c’est du solide. Preuve en est, pour ceux qui ont bien suivi, je n’ai mentionné aucun runs ou presque qui plongent vers l’est, mieux ou pire, je n’ai pas même parler de Vaujany que l’on skie avec le même forfait et qui, au départ du Pic Blanc pour citer un repère devenu familier, ouvre moult itinéraires tout aussi savoureux ( et long : 2000 m de déniv !) que le côté caché de l’Alpe d’Huez. Quand je vous disais que c’était bon ici, décidément, je crois bien que je suis tombé amoureux d’une rousse !
Remerciements : Pascal Junique ( et ses enfants : Gaétan et Clémentine ), le bureau des guides, Laurent Bordes-Pages et Céline Perrillon de l’office du tourisme

Guide pratique

Accès :

Paris : 620 km

Genève : 208 km

Grenoble : 63 km

De Grenoble, prendre autoroute A 480 direction Sisteron/ Gap puis sortie n°8

Logement :

Contactez l’office du tourisme ou encore :

www.alpe-vacances.com

Skier :

-       le domaine :

altitude : 1850m / 3330m

86 remontées

123 pistes pour 249 km ( 67 km de piste avec neige de culture )

2 snowparkS

-       Un guide mieux que quiconque vous permettra de découvrir ce très beau domaine en toute sécurité. En bonus, des itinéraires sur plusieurs jours comme  Huez – St Sorlin d’Arves…

Bureau des guides

Tarif ( par groupe ) :

Journée : 320 €

Demi journée : 200 €

www.guidesalpedhuez.com
email : info@guidesalpedhuez.com

tel : + 33 476 804 255

-       forfait :

journée Grandes Rousses – Alpe d’Huez : 38,20 € ( adulte)

demi journée jusqu’à ou à partir de 12h30 : 28,70 €

à partir du forfait 6 jours, 2 jours offert aux Deux Alpes ( trajet en navette, résa obligatoire )

office du tourisme :

www.alpeduez.com

email : info@alpeduez.com

tel : + 33 476 114 444

SATA : + 33 476 803 030

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