Once upon a time in Valdez

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Photos : Jako Martinet / Xavier Leonti                                                       le fim ici
rider et texte : Xavier LEONTI

« L’Alaska, c’est fait, même surfait ». C’est la rengaine dans le milieu du ski depuis un moment déjà. Il y a tellement de spots plus accessibles, moins chers, moins risqués… Les superlatifs ne manquent pas quand il s’agit de trouver un prétexte pour ne pas tenter l’aventure, pour se trouver une bonne conscience et rester pépére chez soi. Il n’empêche. Que le skieur qui n’a jamais caresser l’idée de poser ses lattes sur ces montagnes mythiques me jette la pierre. On a tous des rêves et indéniablement celui de tout skieur qui se respecte est d’aller au moins une fois dans sa vie faire sa trace là haut. Cependant toucher de la spatule la mecque de notre sport n’est pas chose aisée. Un pro s’y rendra plus ou moins facilement, un skieur lambda aussi, s’il dispose de temps et d’argent et enfin un skieur beta ( j’adore le grec) devra faire des sacrifices, pour des disposer des même moyens que celui qui a bien travaillé à l’école (comme lui disait papa )et qui est plein d’argent. Note combien la vie est mal faite car tu peux travailler bien à l’école et ne pas gagner des cents et des milles mais là n’est la question. Il s’agit juste de se donner les moyens de ces ambitions. Une seule question doit se poser en amont : « le jeu en vaut il la chandelle ? ». Comme tout bon écolier, la réponse viendra en fin de dissertation. En attendant, après avoir attendu, organiser, espérer, annuler, réorganiser, re espérer pendant plus saisons, j’ai enfin pu réaliser ce trip, alors bienvenue à Valdez, Alaska.

Once upon a time…

Après avoir pris possession de notre van à Anchorage, nous traçons la route pour 500km environ. Il fait gris, le plafond est très bas. On ne distinguera sur tout le trajet, que d’immenses forêt à perte de vue, joli mais plat. Ce ne sera que sur le retour avec un grand bleu que l’on découvrira un décor qui, pour celui qui aurait la chance de le voir dès son arrivée, mettrai tout de suite dans l’ambiance. Des montagnes énormes, blanches, raides qui finissent sur des glaciers dont on ne voit pas le bout, jalonnent la route. C’est juste ahurissant, je conduis d’une main et je prends des photos de l’autre. Le ton est donné. C’est fat ! Comment en être autrement, le coup d’œil à la mappe monde est trompeur car l’Alaska, ce n’est pas grand c’est immense ! Un cinquième des Etats Unis ! Niveau taille, on y met à l’intérieur le Texas, le Colorado, la Californie et la Colombie Britannique. Niveau glaciers, ils recouvrent 1/5 du territoire et on en compte plus de 100 000 ! On se sent petit !
Il fait de plus en plus sombre mais ce n’est pas la météo qui se dégrade, ce sont mes paupières qui se ferment. Depuis la maison, ça fait une longue trotte, heureusement l’arrivée est proche. « Happy », le boss de la base m’a dit : miles 29, sur la droite, un peu avant le col. Oui, il y a un col en Alaska, juste un ! Et c’est ici que nous nous rendons. Les routes dans cet état, comme dans tous les endroits immenses, Colombie Britanniques, Yukon, se comptent sur les doigts de la main. Mais compte tenu de la topographie du terrain, elle longent les côtes ou tournent autour des montagnes. Et il s’avère que Thompson Pass est la seule qui déroge à cette règle. Grand bien a pris a Alaska Backcountry adventures d’avoir posé, il y a déjà 20 ans, sa base ici. C’est la seule qui est au cœur de la montagne, la seule d’ou on peut partir randonner ou en ski doo, la seule ou l’on rentre à ski si on le souhaite. Bref, le cœur du spot.

Valdez est le port le plus au nord accessible à longueur d’année, comprenez sans glace. Aussi, au temps de la ruée vers l’or, tout le monde débarquait ici avant de poursuivre vers le nord…à pied. Beaucoup de chercheurs mourraient en essayant de traverser vers l’intérieur des terres en passant par les sommets. L’idée d’un chemin de fer fut abandonner et remplacer par une piste qui permettait de passer de l’autre côté de la montagne sans risquer crevasses, avalanches et autres tempêtes mortelles. Le temps à passé, les chercheurs d’or sont rentrés au musée, la piste est devenue une route et à moins de 40 minutes de Valdez, à même pas 700m d’altitude, à quelques encablures du col, se trouve ce qui nous intéresse. Voilà pour le comment.

L’héliski dans la région n’est pas non plus arrivé par hasard. Personne ne s’en plaindra mais les causes qui ont amené nos chères tondeuses ici ne font pas rire. En 1989, une des plus grosses marée noire de tout les temps souille 800km de côte. Quelques millilitres de vodka contre 40 000 tonnes de pétrole brut, salée comme adition ! Un capitaine qui n’est pas à son poste, qui n’a plus toute sa tête et une catastrophe en guise de résultat. Tous les moyens possibles sont mis en œuvre pour nettoyer, stopper, juguler cette hémorragie. Les hélicos font partis de la logistique. L’argent coule à flot pour aider mais aussi faire passer la pilule. Avec les montagnes en arrière plan, de joyeux lurons commencent à avoir envie d’aller faire un tour là haut. Ça tombe bien, les pilotes, vétérans du Vietnam pour certains, n’ont pas froid aux yeux et ne cracheraient pas sur quelques dollars en plus. Ainsi naissaient l’héliski à Valdez, sans connaissance du milieu, sans équipement particulier, le farwest de l’héliski : pas de règles, si ce n’est celle de vivre et de se faire plaisir ! 3 ans plus tard, le premier World Extreme Ski Championship débarque au bord de la route ( en face de la base !)  et Valdez version ski sort de l’anonymat à jamais. Voilà pour le pourquoi.


What about now ?

Il y a 4 saisons en Alaska : juin, juillet, aout et l’hiver. Nous sommes début avril, autant dire, la bonne période : avant il fait très mauvais et trop noir, après, c’est encore bien mais les bases ferment relativement tôt…plus tôt que nos stations, mais une chose est sur nous sommes encore bien en hiver ! La rentabilité exige malgré tout des machines remplies et ce n’est pas toujours évident en fin de saison, entre la crise et les scooters qui pullulent ici, les bases préfèrent ne pas prendre de risque : la location d’un hélico à la journée coûte cher comme on s’en doute !!

On a le temps de faire connaissance avec les gens et le mode de fonctionnement car nous sommes au sol depuis 3 jours maintenant. Non pas qu’il fasse trop mauvais pour voler mais c’est un choix que nous faisons. Le temps n’est pas si mauvais que ça, il neigeote plus ou moins chaque jour mais le ciel reste, voilé dans le meilleur des cas, bouché dans le pire. Le temps plus que dans n’importe quelle autre circonstance, quand on vient parler d’héliski, c’est de l’argent.

Aussi, nous devons redoubler de patience. Tout est attente ici et le dilemme ne devient que plus fort quand le vol est possible. Le côté « plaisir » pourrait nous pousser à monter dans la machine, mais non seulement les nuages, et le jour blanc seraient un obstacle au plaisir total et un danger car mon kif c’est la vitesse et j’ai beson de voir clair. En plus faire des images ne serviraient à rien. C’est un pari osé quand on sait qu’on peut très bien venir ici et repartir sans voir de soleil mais et les sponsors qui m’accordent leur confiance attendent un retour, c’est le jeu et il est de bonne guerre.  Nos presque trois semaines sur place, en fin de saison de surcroit, nous permettent de faire (un peu) les fines bouches. L’emplacement du col, fait que le beau temps règne plus ici qu’ailleurs et tout le monde s’accorde à dire que nous devrions avoir au moins deux voire trois jours de beau temps alors on prend le risque de rester à la base quand les autres volent. Mais il faut savoir que nul autre endroit est aussi imprévisible. Il est plus ou moins facile de dire quand il fera mauvais à des latitudes plus basses, car sur les cartes, on voit les dépressions, leur tailles, leur directions et on procède aux calculs. Le souci c’est que les dépressions se forment ici et donc, on ne sait pas quelle direction elles vont prendre ni leur ampleur avant de les recevoir sur la gueule…ou pas ! Mais comme dans tous les jeux, gros risques = gros gain alors on attend et on mise tout sur le bleu.

YES

Enfin, le jour parfait arrive. Bleu limpide, blanc immaculé, seule la turbine et les sleds qui rugissent nous rappellent que le bucolique, ce sera pour plus tard ! Nous voici tranportés ailleurs, tout simplement. Niveau neige, les guides nous disent que c’est la neige du mois de mars qui tombe, je réponds tant mieux. Des neiges, j’ai eu la chance d’en voir quelqu’unes, mais celle là est très sèche et d’une légèreté incomparable. Le premier run est un peu déconcertant. La neige file sous les skis, je ne parle pas du slough qui grossit vite dans la ligne de pente mais de celle que j’ai sous les skis tout simplement. La neige n’a jamais été aussi proche du fluide ! Tu ne la skies pas pareil, un ski doux, sans à coup, avec des pressions très étalées… Après quelques virages, on automatise le bon programme et le tour est joué, jouissance. Il ne reste plus qu’a se concentrer sur la montagnes. Olala, c’est trop difficile ! Imaginez un enfant dans un magasin de jouet à qui on dirait de choisir ses cadeaux sur un seul rayon et de ne pas regarder les autres !! Je suis sélectif et je ne cherche que les pointes qui m’ont motivé à venir jusqu’ici. Ma liste est simple : flûte, champi, et speed lines. Mais rassurez vous, il y en a pour tous les gouts et tous les niveaux, c’est juste que je sais pourquoi je suis ici et le kéro brule.

Il reste encore quelques obstacles à franchir avant de goûter aux lignes dont je rêve. Le guide que l’on nous attribue pour cette première journée n’a pas tout à fait compris nos attentes. La confiance est modérée et surtout il n’a visiblement pas été briefé par le boss. Ainsi, mais ce n’est pas forcément un mal, on rentre doucement dans le sujet. On en prend plus dans les yeux que dans les pattes et j’avoue que les glaciers à perte de vue sont plus impressionnants que les pentes. De retour, nous discutons avec le chef afin que tout rentre dans l’ordre. J’ai pris quelques photos pour lui montrer de quoi ça parle. Il acquiesce, c’est bon, il a compris cette fois et pour bien faire, c’est lui qui viendra avec nous…la prochaine fois qu’il fera beau.

Il y a une grosse tente sur le champ de neige de la base. Il s’avère que c’est nick Perrata, un pionier et une légende du snowboard, king of the Hill à Valdez en 91, pionier  du freestyle qui l’a planté ici. Il revient depuis 20 ans et il aimerait voir les gens revenir ici aussi et il s’active dans ce sens, amoureux de l’endroit. Il conçoit sa tente comme un lieu de vie, un endroit ou l’on se regroupe pendant les longues attentes. Hier dimanche 5 avril, je n’aurais pas cru faire mon premier barbecue à cette époque, encore moins en Alaska, les pieds dans la neige et même sous la neige ! C’est comme ça ici. Il neige du coton, des flocons qu’on ne voit pas chez nous mais on se croirait à la plage. Les gens vivent dans un élément considéré comme hostile par le commun des mortels. Il ne fait pas chaud, il neige gros comme le point, mais des gens vivent ici, dans des cabines, des camping car, des tentes. Leur vie tourne autour de la neige alors quoi de plus normal que de vivre dans son élément ! Personne ne veut dormir à Valdez au cas où… La bière est gratuite, tout comme les burgers, c’est Nick et son brasseur partenaire qui régalent. Remplacez la neige par le sable, les doudounes par un t shirt et les flocons par le ciel bleu et vous aurez une idée de l’ambiance, musique comprise. Tout le monde est heureux car tous vivent ce qu’ils considèrent comme la vraie vie, d’autant que chacun sait que rien est éternel alors ils savourent chaque instants… On ne compte plus les « je suis heureux » . On croirait un camp de hippie tellement tout le monde sourit bêtement ! Il faut dire que certains ont eu leur plus belle journée de ski de leur vie il y a quelques jours !

La fin d’après midi tourne en petite soirée comme souvent durant notre séjour. Il faut dire que chaque journée se rallonge beaucoup. Plus de trois heure de jour gagné durant le mois d’avril. La soirée suit son cours avec ces petits moment de magie, ceux là dont les mots manquent, ceux là que même le caméraman ne pourrait capturer. Ces instants partagés avec des gens qui vous étaient inconnus jusqu’à il y a peu. Instants iréels, barbecue party sous la neige, au milieu de nul part, quelque part perdu en Alaska, avec des pointures de renom mondial mais aussi d’illustres inconnus, tous réunis pour la même cause, celui de vivre leur rêve. Respirer est l’apanage de tout être humains mais les gens qui sont ici respirent avec un grand Air… et dieu que c’est bon de faire parti de ceux là.

La soirée se terminera sous la tente, à se réchauffer au coin du poil après avoir fait un match de football américain, dans la neige à la lueur pale d’une lune pour seul témoin des jeux de ces adultes restés de grand enfants.


PLAY AGAIN 

Les jours se suivent et se ressemblent, on en profite pour faire le plein de bouffe à Valdez, prendre une douche, se balader. Ce n’est pas évident de savoir que l’on peut passer de l’immobilisme le plus parfait à l’action intense assortie d’une concentration totale et un corps prêt à fonctionner à 100% en très peu de temps. C’est usant nerveusement plus que le simple fait d’attendre car en venant ici, on sait ce qui nous attend justement ! Il faut rester « éveiller » et prêt, et ça, ça pompe de l’énergie.
Enfin, le soleil reprend le devant de la scène pour lui tout seul. je vais pouvoir m’exprimer et libérer le trop plein. Cela fait quelques jours que le temps est mitigé et le manteau a eu le temps de se stabiliser. Dave « happy » Rintala, le boss est de la partie. Il connaît nos attentes et a commencé à remplir notre hit list sur son carnet. On décolle les premiers et on change de massif, celui de notre premier jour était trop relax. D’un coup, d’un seul, le visage de la montagne change, ça y est, on y est. Des lignes drues, verticales, longues, techniques ou ouvertes au choix. Bienvenue en Alaska. Dave a très bien compris le message, Dieu le bénisse, il connaît très bien son domaine, il n’y a pas mieux. Il est rassuré en voyant que je sors ma première ligne sans encombre et la confiance s’établie aussitôt. Les portes sont ouvertes, la neige tient, le slough bien présent nécessite attention et précaution mais comme l’attente, on sait ça quand on vient ici, alors on gère ou on ne vient pas ! Les montagnes sont hallucinantes, chacun trouve son bonheur mais ce qui est sur c’est qu’il faut du temps pour que l’œil s’adapte. Trouver les lignes, se faire à la mesure du lieu, on réfléchit différemment ici et on regarde la belle autrement. C’est comme les petites voitures du magasin de jouet, chez nous on joue avec des majorettes à l’échelle 1/50, ici c’est plutôt du 1/5ème  ! On trace sa ligne avec un doigt et en fait, on se retrouve vraiment petit. La taille est hors du commun ! Il faut, je pense plusieurs années pour s’y faire vraiment.
La combinaison des pentes et de la neige me conviennent à la perfection car j’aime la vitesse et je suis gaté. Tout le monde dit la même chose : le seul endroit qui te permet d’aller aussi vite que tu le peux ! Ok, ce n’est peut être pas votre tasse de thé, qu’a cela ne tienne, il y a un challenge pour chaque type de ski, pour chaque personne. On est bien tout simplement.

 Nous tournons afin de repérer les faces qui nous intéresse, Dave reporte dans son carnet les lignes avec les meilleures heures pour chaque unes d’elles, pour une lumière parfaite.

Nous skions ce qu’il est possible de skier et remettons à plus tard ce qui est à l’ombre. Une autre ombre au tableau, c’est la présence d’une seule machine cette saison. On aurait du disposé de notre tondeuse perso mais hélas, la crise ma pov Lucette. Aussi, on tourne avec les clients réguliers et de ce fait, la cadence est vraiment relax, trop même mais c’est comme ça alors on fait avec.

On rentre à la base avec un road run tranquille pour finir. Journée magnifique, enfin l’Alaska s’est dévoilée à nous et on a goûté à elle. Notre carnet est plein, les batteries sont à bloc, il ne reste plus qu’à ! On a établit les horaires, les ordres de passage, le repérage est fini, il n’y aura plus qu’à suivre notre plan.

Mais la neige va arriver encore en grande quantité, nous repoussant sur du terrain plat et nous condamnant à attendre encore et encore que les pentes que l’on visent deviennent skiables.

Le temps passe. La fin se rapproche, avec elle son cortège de doutes et d’interrogations. Aura t’on droit à une dernière journée ? Cocher encore quelques lignes dans notre hit list ? La neige aura t’elle le temps de se stabiliser à temps ?
Notre vœux va être exhaussé. Demain est notre dernier jour mais ce matin les conditions sont à nouveau réunies pour que la magie prenne. Nous disposons d’un nouveau guide, qui possède plus de 20 ans d’expérience, son surnom parle de lui même «  Chugach guru ». Dave lui a donné notre liste. Nous décollons les premiers. Le temps de placer tout le monde et me voilà entrant sur une langue de glacier…La lumière est parfaite, la neige également. Je me retourne en bas du run : La ligne est magnifique, entourée de séracs, c’est la seule porte de sortie de la montagne. La journée démarre bien. On enchaîne. Ce coup çi, ordre est donné que les frenchies ne perdent pas de temps alors ça vole rapidement, on grille des tours. Nous voici au sommet d’une ligne. Je la qualifierais de speed line, mais en fait, libre à chacun de descendre à mach 12 ou en petit virage, encore un truc tout relatif, disons qu’elle est ouverte.
J’attend le feu vert, décompte, je me lance. Ici, on atteint des vitesses comme nul par ailleurs. Je suis complètement dans mon run, la ligne est ouverte mais il ne faut pas choir. C’est tout doux une fois encore mais avec la speed, le moindre relief devient une atteinte à la liberté de glisser librement ! En fait, la montagne se purge avec les coulées et ces dernières creusent des ravines surtout dans la partie basse des runs, ou ça se reserre. A petite vitesse, on y prête pas attention mais à mach balles, ça secoue sévere et il vaut mieux tenir ses skis sous peine de se la mettre. Mais tout se passe comme prévu, les cuisses ont bien chauffées, je suis aux anges, la journée promet vraiment d’être belle.

Je pensais être au paradis mais en l’espace d’une seconde, c’est l’enfer qui ouvre ses portes. L’ami qui m’accompagnait chute. Je ne m’explique toujours pas la raison mais l’issue ne laisse aucune chance. Le run est ouvert mais la ligne de pente emmène au-dessus de grosses barres. Il perd la vie sous mes yeux. La joie, la gaieté cèdent leur place à la tristesse, la douleur et la colère. Quelque chose se brise. Le trip s’achève avant l’heure. Je remontrais dans l’hélico pour exorciser le mal car je sais que de retour à la maison, le printemps sera déjà en place et je dois skier. Et je ne dois m’arrêter comme ça.

Même si la dernière journée est toujours aussi belle, je ne peux plus engager la viande comme je l’ai fait les jours précédents. Trop de remises en questions, d’interrogations fusent dans ma tête. Je pense aux futur car le présent est très difficile à vivre. Je pense à la famille de mon ami surtout, je suis leur seul lien ici et toutes les démarches m’incombent, c’est très pénible. L’ironie du sort, j’ai passé les plus beaux moment de ma vie de skieur ici mais aussi les pires. Annoncer à une mère la perte de son enfant est une chose terrible. On aimerait remonter le temps mais c’est hélàs impossible, les mots manquent.

Alors, je repense aux mots de Doug Combs, qui disait peu avant de mourir sur les pentes de la Meije. On voit un ami partir, puis un autre et encore un autre mais cela ne vous arrête pas. Qui a t il de pire pour un skieur, partir dans un accident de la route, ou sur la montagne ? Au moins, ils sont partis en faisant ce qu’ils aimaient. La montagne a toujours le dernier mot, la plupart du temps elle donne mais parfois elle prend. Même si c’est toujours trop tôt, mon ami n’aurait pas choisi un autre endroit pour tirer sa révérence, il a vécu les plus belles journées de sa vie et mes pensées vont maintenant à sa famille.

Je pense aussi à l’hiver prochain, la vie est si fragile, elle tient à peu de chose. Le jeu en vaut il la chandelle ? Pour le trip en Alaska,  malgré l’attente, l’argent, l’incertitude, je dirais oui sans hésiter. Pour notre façon de vivre, je dirais oui aussi. Nous connaissons les risques et vivons avec. Choisir de vivre intensément ou alors de végéter dans un bureau, Je laisserai chacun répondre à ça. En ce qui concerne « il était une fois Valdez », non je ne pense pas, c’était la première fois, je vais me saigner mais je sais qu’en avril prochain, je serais là haut, attendant le décompte avant de me lancer…

Merci à Alaska backcountry Adventures, Black Diamond, Bergans of Norway, Sooruz et Mundaka Optics sans qui ce trip n’aurait pas été possible.

Toutes les infos pour votre trip à Valdez ici. Pour 4000 euros environ, avec un peu de chance, vous pourrez faire le trip de votre vie. Pour un héli privé et envoyer le pâté d’une autre dimension, il faudra plus de cash mais l’Alaska n’est pas si inaccessible que ça, niveau financier mais également au niveau du ski. Il y en a vraiment pour tous les niveaux.  ABA est au cœur du spot et tout le staff est adorable, les yeux brillent en permanence. Les mots manquent encore…

http://www.alaskabackcountry.com

    le fim ici                                                                              Retour à « reportages »