Pura vida

Trip surf / Costa Rica                                                                                                     Retour à « reportages »

Photos et texte  : Xavier LEONTI (toutes les photos en bas de page)
water shoot : friends

Extraits de journal de bord

 

30 juin :

La température se rafraîchit avec un passage à 3500 m. Le chauffeur roule comme un malade si bien que les poussées de sueur nous redonne un peu de chaleur. Soit il connaît la route par cœur, soit il a décidé de mourir. En tout cas, impossible de dormir dans des conditions pareilles. Notre instinct de conservation nous réveille à chaque hauts le cœur murmuré à voix haute par certains passagers. Et dire que ce trajet est l’un des plus long du pays. Vieillesse aidant et aussi à cause du surmenage, le camion nous lâche dans un virage. Un bruit sourd : on pense à un pneu qui vient d’éclater. Ou plutôt, on se remet à penser quand le bus s’immobilise, avant on retenait notre souffle car on avait pas prévu les parachutes …

Les hommes sortent tel des pompiers qui entendent la sirène. Ils arrachent des branches d’arbres qu’ils disposent en amont et en aval du bus avec une tranquillité qui laisse supposer que ce genre d’incidents (et de méthodes) sont ici monnaie courante.
Triangle de signalisation pas cher ! Le chauffeur descend, se baisse et constate. Je fais pareil et constates aussi. Loin d’être un pneu crevé, c’est le moyeu de la transmission qui est tombé et qui ne tien plus que d’un côté.  » Merde  » me dis-je. Apparemment pas tant que ça. Le chauffeur change de t-shirt et passe sous le camion, pas affolé pour un sou. Ma foi…
T-shirt blanc passablement noir, il ressort après quelques coup de marteau et on repart, assez joyasse, il faut bien le dire. Quelques instants plus tard, re-belote. Ca tombe bien, le gars avait gardé son t-shirt. Nouvelle réparation et nouveau démarrage. La nuit tombe quand nous nous arrêtons à une station pour consolider. La route va être longue et on s’enfile un  » casado con pollo  » qui, on l’espère nous fera tenir jusqu’à destination.

On repart et en se disant que c’est la bonne mais trois kilomètres plus loin, le bus nous lâche définitivement. Au bord de la route, au milieu de nul part, personne ne semble énervé. Contraste saisissant avec la France, ou nombre de connards aurait déjà gueulé comme des putois que  » c’est pas normal. Remboursez, c’est inadmissible et bla et bla… ». Certains se couchent sur le bord de la route et commence leur nuit, les blagues vont bon train et font rires ceux qui comprennent l’espagnol, c’est à dire tout le monde sauf nous !! On comprend quand même qu’il vaut mieux éviter de s’asseoir trop près du bas côté pour cause de serpent !! Gracias.

Une heure plus tard, la cavalerie arrive sous l’apparence d’un bus encore plus old school, siège en sky qui te fait transpirer les parties en contact avec le siège tandis que le reste du corps se pèle à mort car les fenêtres sont coincées dans la position ouverte. Une chance : la pluie nous épargne. Une malchance : le chauffeur semble vouloir rattraper son retard (impossible, on devrait être arriver et il reste 3 heures !) et roule encore pire qu’au début. Sachant que la route se transforme en piste au fur et à mesure que notre point d’atterrissage se rapproche…inutile de vous faire un dessin.

Finalement après 20 heures d’avion, 12 heures de bus (même pas 400 kilomètres !), des sprint dans la capitale en taxi dans tous les sens, une nuit pas blanche mais presque, on arrive à 2 heures du mat. Oups.

8 juillet 

On quitte…… après avoir fait le plein de provisions. Avec 5000 colones pour la ballade en taxi on n’hésite pas car il nous amènera là on le bus ne pourrait pas. On se fait larguer à Playa…… Harnachés comme des mulets, on marche un peu vers le Nord. 10 minutes suffisent, et on se retrouve à l’entrée d’un parc naturel, entre cocotiers et palmiers. Enfin du sable à perte de vue, comme d’hab, la vague déroule en face. Le bonheur…pas pour longtemps. La pluie arrive en force sans que nous ayons eu le temps de nous installer. Nous avons réussi à installer 2 bâches quand la nuit arrive. Je réussis l’exploit de faire un feu sous le
déluge mais inutile car on ne prend pas le risque de commencer à faire chauffer quelque chose. Une tomate, une pomme et 2 tranches de pain de mie enchaînés sur notre 2ème nuit blanche. On (essaye !) dort appuyé contre les sacs, une fois de plus je m’en veux à mort de ne pas avoir pris le Therma-rest. Les 4 jours qui suivent se déroulent au rythme habituel : dodo, surf, manger, pêche. Une mini tempête tropicale nous poussera à lever le camp un peu plus tard. Le hasard nous pousse chez Michel, un québécois exilé depuis 15 ans qui brûle la vie par les deux bouts. Il nous fera découvrir, entre autres, sa recette du  » poulet enculé  » !

17 juillet 

(…) C’est le paradis, je pense que l’on va rester un peu… On s’installe vite et on part à l’eau. C’est la montante et il y a un bon 2 / 2.50 m, on est 2 !! On se fait une des meilleures sessions du trip. Beach break assez costaud qui plus tard m’apprendra que, quand on prend il faut donner. En l’occurrence, j’ai donné beaucoup de mon temps sous l’eau ( devant une monstre lèvre qui m’a fortement agité !!) et je ne suis pas prêt de l’oublier. Pour l’heure, on score. Une raie saute quelques mètres devant Arnaud qui pâlit et qui se met à ramer comme un malade. Je rigole mais quand même…
Retour à la hutte, petit feu, pâte à la tomate et salade de fruits 100% naturel. Coco,pomme, banane, papaye, lait de coco et sucre de canne. La meilleure que j’ai jamais mangé, merci la copine !!
On discute quand soudain, Jennifer et Jenny ( !!) que l’on ne connaît pas encore s’avance vers nous. Cette mère américaine et sa fille nous amènent du bois pour le feu et nous offre l’eau potable car elles habitent à proximité. YES, elles sont super gentilles et tous les jours nous nous voyons pour un petit apéro. Discutant de choses et d’autres. Elle a eu le coup de foudre et a acheté la maison cash, une semaine après être arrivé. Ca s’appelle  » la Bush overdose  » !!
Elle a peur à chaque fois que nous allons surfé car quelqu’un s’est tué ici la veille de notre arrivée. L’embouchure de la rivière provoque de forts courants… Surf, sieste, manger, lecture et ouverture de coco. Classique.

20 juillet

On loue une voiture pour pouvoir traverser la péninsule de Nicoya. Durant la saison des pluies, c’est une chose fort peu aisée et les bus sont inexistant sur une longue portion de trajet. On se retrouve à ….. Sable blanc et hamac au bord de l’eau. La houle est désordonnée mais on s’adapte.

22 juillet

On entame notre remontée vers le Nord. Après une heure piste, une grosse rivière nous barre le chemin. Oups. Vraiment impossible. Le demi-tour via Punta Arenas prendrait plus d’un jour et l’autre option qui consisterai à passer par l’intérieur des terres nous priverait également de surf pendant au moins 2 jours, ce qui est inconcevable ! D’autant qu’il y a des spots ou nous voulons aller. Pour l’heure la journée avance et nous tombons dans un petit village ou, un peu à l’écart, nous atterrissons chez ….et ……. Là encore, un couple de ricain retiré du monde qui vit en totale autonomie (eau, électricité, nourriture) : grosse leçon et limite envie de faire pareil. On passe la nuit chez eux (des pâtes au repas, ça change du casado !!). Le lendemain, …. nous fait un plan. Il a une astuce pour contourner la rivière. Il s’agit d’attendre la marée basse et de rouler sur la plage. Les rivières se jettent dans le pacifique et avec les basses mer, il est aisé de les franchir! Quand même sceptique, nous décollons avec le plan en poche. On a pas trop envie de voir la caution de la bagnole partir en fumée mais d’un autre côté, on est pas au Club Merde alors on fonce.


On hallucine de rouler là, travelling latéral : d’un côté les vagues de l’autre la forêt,magique. Après quelques kilomètres, on atteint la rivière, source de notre contre temps d’hier. A cet endroit, elle ne fait que 5 mètres de large environ et l’eau ne monte guère plus qu’au-dessus des chevilles. On remonte les vitres et les autres vont quand même tâter le terrain. Ca passe sans problème. Contents, on continue en essayant de suivre les indications de ….. Le hic, c’est que ça fait un moment qu’il n’a pas pris cette « route » et qu’il n’était pas trop sûr !! Il avait raison de ne pas être sûr : on se  » perd  » sur la plage.
En fait, on n’arrive pas à trouver la sortie. Les 2 seules habitations que nous avons croisées sur plusieurs kilomètres s’avèrent être vides. Au moment ou nous commencions à rédiger nos testaments, on croise un 4×4 de ticos qui vont dans la même direction que nous. YES, ils nous disent de leur emboîter le pas. On ne se fait pas prier. On traverse une deuxième rivière, celle qui fut à l’origine de notre confusion, un peu plus d’eau et de cailloux mais nickel, une fois de plus. On trace encore quelques kilomètres sur la plage, re-make de Paris -Dakar, puis notre guide bifurque pour rentre à nouveau dans l’épaisse jungle.
- Et bien, c’était pas si dur !- On continue, à l’aise Blaise, quand même content d’avoir trouver des braves gens (ils le sont tous ) pour nous sortir de là. Avec un peu de chance on surfe avant la tombée de la nuit.

Soudain, au détour d’un virage, le 4×4 s’immobilise puis fait marche arrière et renclenche la première pour tourner dans un petit
chemin, nous laisser voir le paysage qu’il nous cachait quelques instants auparavant. Devant nous coule une grosse rivière, qui ressemble plus à un fleuve d’ailleurs, qu’à un Rio !! Un merde collectif et tremblotant accueille cette vision surréaliste. Tout ça pour ça ? (de Lelouch !!) Pas possible. Les ticos ne se démontent pas, l’un d’eux sort bloquer le différentiel et l’autre discute avec son collègue, rapide concertation. Ils nous assurent que ça passe sans problème. Je les trouve confiants car leur bagnole est super haute et c’est pas notre 4×4 de touriste à deux balles qui peut rivaliser avec ça. Mais bon…

Ils s’engagent, lentement, une jolie vague se forme devant le capot, l’eau est assez haute. Belle Hélène! Mais maintenant c’est à moi, les autres passent à pied, manière de détecter les endroits les moins profonds. Je remonte les vitres une nouvelle fois et c’est parti. On sent le courant qui pousse et la résistance de l’eau. Je suis content de savoir rouler sur la neige, ça apprend sans aucun doute à être doux avec les pédales. Je mets mes enseignements à profit et j’atteins l’autre côté. YES. On est passé, les pulsations retombent à un rythme plus normal….
Pas pour longtemps. Durant cet après-midi là, nos nerfs furent mis à rudes épreuves : 4 rivières conséquentes à franchir…seuls car nos guides étaient arrivés à destination. Chaque fois, on se disait que c’était fini et chaque fois, il fallait mettre les mains à la pâte…ou plutôt les pieds dans l’eau !! et moi, les mains sur le volant. Beaucoup d’émotions, les passagers sont fatigués de cette pression mais moi, bizarrement ça va plutôt pas mal. Il fallait rester zen et concentré pour ces épreuves, je pense que je le suis resté (zen !) même une fois terminé. Bilan, grosse pression, maintenant gros souvenir et belle aventure : 5 heures pour 80 kilomètres !! On arrive avec la nuit alors pas de surf…il ne reste plus qu’à trouver une cabinas et dormir.

Fin juillet

IL faudra endurer à nouveau ce genre de scénario pour remonter jusqu’à la civilisation,
ou après cette  » galère  » on a envie de s’extirper loin de tout mais sans soucis.
On largue la voiture et on se débrouille pour atteindre le rocher de la Sorcière par les terres… Vagues puissantes, cadre (réserve naturelle ) superbe avec des animaux sauvages pas du tout sauvages qui prendront soin de votre nourriture si vous négligez le rangement de celle ci….Ici, on vit en autonomie complète, mieux n’avoir rien oublié car impossible de retourner à la ville.

3 août


On aimerait retourner à Witch’s mais nous ne sommes plus que deux et cela coûte assez cher de se rendre là-bas. On peut trouver pas cher en fait mais sans garantie d’arriver au bout et dans ce cas là, atteindre le lieu de campement (avec votre planche, sac à dos, réserve nourriture et eau ) ferait passer l’entraînement de la légion étrangère en Guyane pour une balnéo.
Finalement, on décide de retourner à…….., endroit qui nous avait fortement plu au début du séjour. Lever 4 heure du matin, taxi pour aller prendre le bus, puis 3h30 de bus, arrivée à San José. Décollage à 13h en coucou (9 places, derrière le pilote c’est assez fun ) arrivée 3/4 d’heure plus tard à…… Je sais que mon pote Steph est dans le coin.

Avant de nous enfoncer dans la jungle, je décide de checker mes mails au cas ou. Je décide bien car Steph m’en a envoyé un le matin même. Il nous dit où il se trouve. On fait les provisions et une heure de taxi brousse plus tard, on se serre la main dans un petit coin de Costa Rica. L’année précédente, nous nous étions rencontrés et n’avions passé que 24 heures ensemble, sur un spot en Espagne. Nous nous retrouvons à présent et nous savons que notre amitié durera aussi longtemps que le soleil se lèvera. Ce feeling ne s’en trouvera que largement conforté après 15 jours passé dans une hutte perdu entre 2 spots de surf et 3 cocotiers. 


Nous vivons à 4, les rencontres avec les autres se limitent aux sessions de surf (parfois nous sommes seuls à l’eau ) et aux folles parties de pêches avec les locaux. Malgré l’emploi du temps libre, nous n’avons guère le temps de nous ennuyer. Le surf est l’activité principale mais si la houle est absente, cela nous donne l’occasion d’aller chercher du poisson, offrant à l’occasion de belles luttes dont nous ne sommes pas toujours sortis vainqueur. Il faut ensuite préparer ce poisson, aller chercher des fruits dans la nature, et en profiter pour s’extasier de longs moment devant les bandes de singes et autres écureuils. Il ne faut pas oublier les moments de lecture dans une maison où seul le bruit des perroquets trouble la quiétude du lieu. Puis fatalement, la session lecture amène la session sieste (on lit dans les hamacs…) et la boucle est bouclée.


On retourne checker le surf et l’océan décide pour nous de quoi sera fait les moments à venir. Et bien ces moments de vie furent pour moi et je pense également pour les autres habitants de la hutte parmi les plus riches et les meilleurs qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent. S’il n’y avait pas l’appel des montagnes enneigées de mon pays, je crois bien que je ne réfléchirais pas longtemps avant de mettre la clé sous la porte pour repartir vivre de cette manière jusqu’à la fin de mes jours…


Coin pratique :

2 mois de baroude, ça nécessite quand même un minimum de préparation pour savourer pleinement et surtout pour parer au coup dur. Voici donc la liste de tout ce qui est rentré dans mon sac (80 litres pour 20 kilos !!). Certaines choses sont indispensables, d’autres le sont moins. Demandez vous avant de partir, si vous comptez vous déplacer souvent ou pas, ça a son importance.

Manger : 
- grille
- allumettes + grattoir + briquet (dans boite hermétique)
- popote + casserole+ couvercle
- gourde (1 l) – sac à eau (10 l)
- couteau multifonction (suisse, letherman ou victorinox)
- nécessaire de pêche

Dormir *: 
- moustiquaire
- hamac
- cordelettes (4) + mousquetons (2)
- bâche imperméable
- sac à viande
- coussin gonflable (un peu de luxe ne fait pas de mal, non ?)
* pour dormir en hamac, sinon troquez tout ça contre un sac autogonflant et une tente, ça peut être bien aussi…)

Divers : 
- machette (pas cher sur place)
- lime ou pierre à aiguiser
- fil à linge
- duck tape
- frontale
- bougies (les petites rondes tiennent plus longtemps que les longues…)
- caméra + batteries + rechargeur allume-cigare
- jumelles
- livres (Boris Vian + San Antonio)
- lunette solaire en double
- stylo + bloc note 

Hygiène et secours : 
- répulsif moustique (n’oubliez de traiter les vêtements avt de partir )
- katadyn (pour les riches ) ou filtre à café (2 à la fois) puis hydroclonazone ( pilules pour purifier l’eau : 2/litres pour être tranquille) pour les pauvres !!
- lave main sans eau
-lingette (ouais, bon pas obligé, hein ?!)
- crème solaire + stick lèvres
- gouttes pour otites + solutions pour les bouchons aux oreilles
- + toutes les crèmes, bandes, antibio. et médocs pour les maux de ventre, les coups, les plaies, infections, douleurs musculaires ou pire et tout et tout. Là, à vous de voir (attention ça pèse vite lourd !!)

Surf : 
- surf (forcément !!) + housse costaud
- wax
- lycra
- bouchons (pour les petites oreiles)
- repair kit
- ta paire de « corones » grosse comme ça, selon le spot et la houle…
- leash de rechange
- clé pour ailerons (FCS…)
- sangles (si vous louez une bagnole)

Voilà, c’est fini ou presque car vous devez encore faire un peu de place pour… quelques vêtements quand même !! 2 boardshorts, un tshirt manche courte et un long, un sweat (pour le petit matin dans le hamac…) un pantalon convertible short, un paréo et une serviette de bain : plus, c’est trop.

La vie, la vrai se trouve sur là-bas, sur la route, de l’autre côté du miroir. A kathmandou, Jakarta, Lima… partout où ta quête te menera, laisse toi envivrer par le parfum du monde et VIS. Namaste.

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