Secret spot

Philolosophie : Anthologie du secret spot                                                             Retour à « reportages »

Photos : Patrice Schreyer 
rider/ texte : Xavier LEONTI

Morphée repart au pays des songes, vous retrouvez vos esprits et le monde qui vous entoure. Comme tous les matins (week-end ?), vous quittez votre lit chaud et douillet pour accomplir le même rituel : aller à la fenêtre, ouvrir les volets…et croiser les doigts. Votre unique désir : voir un joli soleil qui vous permettra d’aller trasher proprement toute cette neige fraîche. Alléluia ! Les chutes incessantes de ces derniers jours ont laissées place au ciel bleu. Vous décroisez enfin les doigts en murmurant un petit  » c’est pas trop tôt ! « . La journée tant attendue est là, elle promet d’être mémorable.
Vite, vous vous habillez, avalez une pomme qui traîne et sautez dans votre voiture, direction les sommets, votre spot favori. Oups ! Il semblerait que vous ne soyez pas le seul à avoir cette idée. Il y a du monde sur la route malgré l’heure plus que raisonnable. Vos talents de rally-man sont mis en défaut par un tracé sinueux et la ligne continue vous condamne à rouler au rythme de ceux qui vous précède, vous permettant à loisir de copieusement insulter cet  » en… de pu…de touriste de m….qu’aurait pu rester dans sa put… de ville de daube au lieu de venir nous faire chier ici et de rouler comme une grosse m…. à deux balles ! « .

Après quelques vocalises, somme toute assez apaisantes, vous êtes calme et détendu en arrivant à la station. Petit souci, il y a tellement de monde que vous devez vous garez au fin fond du parking. Rapidement, vous constatez que ce n’était pas bien grave car l’énorme file d’attente qui se profile vers la caisse des forfaits vous cause nettement plus de tracas ! Après quelques dizaine de minutes, vous sortez triomphalement de cet enfer avec le précieux bout de papier (tout ça pour ça ?!) mais vous retrouvez les même odeur fétides de vos congénères dans la queue (toujours aussi grosse !) des premières remontées mécaniques….celles là même qui sont censée vous mener tout droit au nirvana.

Longtemps, bien longtemps après avoir ouvert vos rideaux, vous êtes enfin au sommet de la montagne. Pas tout à fait comme vous l’imaginiez malheureusement. Vous n’êtes pas vraiment seul, les pistes et hors-pistes grouillent de monde. Vous mettez directement les skis sur le dos pour vous rendre vers la combe de vos rêves, celle que vous aviez l’habitude de ne partager qu’avec une poignée d’amis. Il y a déjà des traces de montée… Au sommet, vous jetez un regard craintif par dessus la corniche. Vous constatez avec effroi et sans surprise que des pilleurs de première trace sont déjà passés et n’ont rien laissés derrière eux. Il semblerait que cette journée ne soit pas aussi mémorable que ça, ou du moins pas pour les raisons que vous escomptiez ! Votre rêve tourne au cauchemar.

STOP – Il est temps de mettre un terme à ce scénario catastrophe. Avec une météo qui déconne à moitié (voire même plus !) et qui nous offre de façon très aléatoire des jours où toutes les conditions sont réunis, il s’agirait de ne pas gâcher comme dirait l’autre. Laissez moi remonter le temps en changeant un détail, un seul afin que votre journée soit à la hauteur de vos espérances de rider en mal d’espaces vierges .

Montez dans votre voiture mais au lieu de vous dirigez sans réfléchir vers votre station fétiche, celle que tout le monde connaît et dont on est fier de dire que l’on est allé rider là-bas, tentez l’expérience de la station dont vous avez vaguement entendu parler voire peut-être même jamais ! Un peu à l’image des surfeurs qui sillonnent la côte à la recherche de la vague qu’ils ne partageront avec personne. Le spot  » marchera  » peut-être un peu moins mais l’absence de monde compensera aisément une qualité à peine inférieure. D’ailleurs, nos cousins ont un proverbe qui, adapté à notre cause pourrait donner :  » skiers don’t like skiers  » ! Il faut bien le dire, le glisseur en général est égoïste et n’aime pas ses paires ou alors quand ils sont très loin de lui ! La solitude (ou presque ! ) est sa meilleure amie…
Le moment est peut-être venue de retourner au calme justement, de l’époque ou le ski n’avait pas la côte qu’on lui connaît aujourd’hui (je ne vous jette pas la pierre, Pierre !) Les  » riders  » de la première heure étaient bien tranquilles car rarement dérangés. Le matériel de l’époque rendait moins accessibles la pratique du ski de poudreuse et les représentations du mode de pratique n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Bref, le temps a passé, le ski et ses joies sont une découvertes pour certains, une ré-découverte pour d’autres. Le ski va bien, merci pour lui (et pour nous !) Mais toute médaille a son revers : de plus en plus de monde sort des pistes, y compris les snowboarders dont l’engin permet rapidement d’aller faire n’importe quoi (beaucoup plus vite qu’en ski !) mais le terrain de jeu ne s’est pas agrandi pour autant. On construit malheureusement de nouvelles remontées mais on ne sait pas construire de nouvelles montagnes. Les stations qui ont une image freeride sont surpeuplées, il faut marcher des  » kilomètres  » pour avoir sa première trace et rider en paix est devenu quasiment impossible.

La solution : la station dont vous n’avez jamais entendue parler. Les avantages sont plus nombreux que vous le pensez à se retrouver perdu, au milieu de nul part dans une bonne vieille station des familles. Il peu paraître difficile de  » sacrifier  » une journée de peuf en partant en terrain inconnu, sans savoir sur quoi vous aller tomber mais le jeu en vaut la chandelle. Laissez moi vous éclairer.

Vous roulez tranquille, il n’y a personne et vous savez qu’en arrivant les remontées seront encore fermées. La route, loin des grands axes routiers, est  » rustique  » et dépayse plus que les classiques double voies. Vous vous dites à juste titre que c’est un excellent camouflage et que ça ne donne pas vraiment envie aux touristes de passages de venir voir. Aucun panneaux pour vanter les mérites de la station, il faut d’ailleurs s’y reprendre à deux fois pour de trouver son chemin !

La caissière n’est pas submergé par des centaines de fous furieux, d’une impolitesse caractérisée qui aimerait que ça aille plus vite. Sa tasse de café fume à côté d’elle et elle vous accueille avec un bonjour et le sourire en prime. En venant quelques jours ici, vous deviendrez un habitué et vous sortirez vite de l’anonymat : vous n’êtes pas un numéro ! Au prix du forfait, vous pourrez rider 2 ou 3 jours pour le prix d’un seul dans les grandes usines. Vous êtes le premier à l’ouverture, vous saluez l’employé de la remontée avec lequel vous venez de discuter un brin. Il n’y a évidemment pas de queue et le parking est toujours aussi désert quand vous prenez le premier télésiège.

Le domaine est beaucoup plus petit, les remontées moins nombreuses mais la montagne est aussi vaste que partout ailleurs. Aucune bennes ne desserrent les meilleures pentes, celle ci ne sont visible que par l’œil du connaisseur et accessible par ses petites jambes (et ses peaux !). Sans aller jusque là, les champs de poudreuse accessible par gravité ne sont peu ou pas tracé. L’avantage des stations familiales à ce niveau est indéniable. La petite famille vient chercher la tranquillité pour ses bambins ainsi qu’un cadre agréable (le prix aussi, non ?) et certainement pas la performance des remontées mécaniques dernière générations, les méga pistes, snow-cross ou autre hors-pistes de renom. Quelques pistes de couleurs claires afin que le petit dernier apprenne à skier en paix suffisent à leur bonheur. Dans le même esprit, le niveau des riders présent est moins élevé qu’ailleurs et pour peu que les pentes soit à l’abri des regards ou un peu exposée et vous serez sûr de ne pas être dérangé.

Que ceci ne vous empêche cependant pas de faire preuve de vigilance et de demander conseils aux pisteurs du coin. Ces derniers se feront une joie de vous renseigner, content de vous rendre service ! Vous ne prendrez pas votre râteau de la dernière fois à …….. (< remplissez avec un nom de station!) quand les pisteurs vous avait conseillés de rester sur la pistes en vous prenant pour un rigolo !

Ca y est : vous atteignez le nirvana ! Vous vous enfilez des dénivelés raisonnables bien que moins important qu’ailleurs. Qu’importe, vous êtes seul, et à chaque rotation, vous hallucinez de ne voir que vos traces précédentes. La peuf est aussi bonne que n’importe où, les seules préoccupation concernent le choix du run suivant : combes larges ou forêt, grands courbes dans la lumière ou virages rythmés au gré des sapins ?! Le résultat est identique dans tous les cas de figures : vous prenez votre pied et votre bonne humeur (une banane qui part de l’oreille gauche et qui se termine à l’oreille droite !) se propage au perche man qui devient presque un pote. A voir son œil qui brille, il connaît les sensations que vous éprouvez : il en est !

Le soleil décline et vous profitez des ultimes rayons qui rosissent toute la montagne pour tirer les dernières courbes. Le ride s’achève trop vite comme c’est le cas à chaque fois mais il restera comme un des meilleurs que vous ayez faits.

Grâce aux économies sur le prix du forfait, vous payez un verre (un seul ?!) à votre pote perche-man. Les pisteurs sont aussi présents dans ce petit bar tranquille qui ne ressemble en rien aux snow-bars branchés. Ca y est, vous faites un peu parti de la  » famille « . Bob (le perche-man) vous propose de squatter chez lui pour la nuit. Demain, il ne bosse pas et aimerait vous montrer d’autres coins dont ils sont peu nombreux à connaître l’existence. Vous commandez une tournée générale en guise d’approbation. Vous levez votre verre et portez un toast ironique à tous ces gens qui skie dans les  » usines « .

 

Ca y est : le rêve est devenu réalité ! Quand à moi, je vous dit: au revoir et à jamais. A bon entendeur…

Retour à « reportages »